Prologue (1/2)

Notre histoire débute le dernier mercredi du mois d’Aout, dans une maison située dans le 16eme arrondissement de Paris. L’intérieur est vide. Seuls les lits des deux chambres et plusieurs valises se trouvant devant la porte d’entrée sont encore présents. Une femme d’origine maghrébine mesurant plus ou moins un mètre soixante-dix et vêtue d’une longue robe noire cachant ses pieds sort d’une des pièces. Elle se met alors à crier le prénom de sa fille Aicha mais n’obtient aucune réponse. Se demandant où elle peut bien se trouver, elle se met à fouiller toutes les salles de leur domicile. Elle commence bien évidemment par l’étage, pensant que son enfant se trouve dans sa chambre. Arrivée dans la pièce, aucune trace de Aicha. Elle continue donc ses recherches et finit par l’apercevoir en passant devant une fenêtre. Meriem redescend alors au rez-de-chaussée et va vers le jardin qui se trouve à l’arrière de la maison.

  • Tu n’as pas entendu comment je t’appelais, dit-elle après avoir ouvert la porte coulissante.

La jeune Aicha est assise sur la balançoire, le yeux rivés sur son téléphone portable lors que sa mère débarque brusquement. Elle regarde cette dernière avec un regard noir avant de se remettre à pianoter son appareil.

  • J’espère que tu es prête à partir ? La voiture sera bientôt là.
  • J’ai pas envie de partir, répond la jeune femme en murmurant.

Meriem n’ayant pas bien entendu ce que sa fille baragouina, elle lui demande alors de répéter ses propos.

  • Pourquoi je dois aussi partir vivre avec vous dans un pays dans lequel je n’ai jamais mis les pieds ? s’écrie-t-elle furieusement contre sa mère.
  • Aicha ! Ton père et moi en avons déjà parlé.
  • Mais tous mes amis vivent ici !
  • Il n’y a pas de mais qui tienne. Tu viens avec nous, un point c’est tout.

A ce moment, Aicha est envahie par un flow de sentiments. Elle est non seulement en colère contre ses parents parce qu’ils la forcent à faire une chose dont elle n’a pas envie, mais elle est également triste car elle abandonnait ses amis.

C’est avec les larmes aux yeux que la jeune adolescente de 16 ans se lève de sa balançoire, passe à côté de sa mère, et rentre dans la maison. Elle en profita aussi pour lui dire à quel point elle les détestait elle et son mari. Meriem ne tient pas compte des propos de sa fille, estimant qu’il s’agissait tout simplement de la manière dont son enfant exprimait sa tristesse vis-à-vis de leur départ de France.

            Le taxi que Meriem avait appelé arrive aux alentours de 22h. Celle-ci demande alors au chauffeur de les aider à mettre tous leurs bagages dans le véhicule. Ce dernier accepte volontiers et commence à les transporter un après l’autre. Pendant ce temps, elle demande à sa fille si elle n’a oublié aucun document important tel que son passeport ou encore son carnet de santé. Aicha ne lui répond bien sûr pas, ce qui pousse Meriem à être beaucoup plus insistante. Son enfant finit par lui répondre, mais sur un ton qu’elle n’apprécie guère. La jeune femme passe devant sa mère en faisant la tête et monte dans la voiture qui est en train d’être chargée. La mère marocaine ne dit rien et observe juste son enfant.

Les bagages sont désormais tous rangés dans le coffre. Meriem regarde une toute dernière fois tout ce qu’elle laisse derrière elle avant de fermer définitivement la porte. Une fois cela fait, la dame monte dans la voiture et le trio démarre en direction de l’aéroport Charles de Gaulle.

            Plusieurs dizaines de minutes plus tard, Aicha et sa mère arrivent à destination. Meriem donne un pourboire au chauffeur de taxi après que celui-ci ait déchargé leurs affaires. Il la remercie, lui souhaite un excellent voyage, puis s’en va à la recherche de nouveaux clients. Les deux femmes rentrent alors dans l’aéroport et vont enregistrer leurs bagages. Il ne leur reste plus qu’à atteindre l’heure de l’embarquement. Pendant ce temps, la mère essaie de converser avec sa fille, mais cette dernière refuse catégoriquement de lui adresser la parole et préfère rester concentrer sur son appareil téléphonique.

            Le temps passe et les passagers en partance pour le Gabon sont finalement appelés. Les deux femmes se lèvent alors et se dirigent vers la porte d’embarquement. Là, elles montrent leurs tickets et sont autorisées à monter dans l’appareil. Après s’être confortablement installées et après avoir écouté les consignes de sécurité, le vol en direction de l’aéroport international de Libreville décolle enfin.

—–*—–

            Apres plusieurs heures de vol, l’avion dans lequel Aicha et Meriem se trouvent amorcent sa descente. Se trouvant à cote d’un des hublots, la jeune fille regarde à quoi ressemble la ville dans laquelle elle va désormais résider. Ce qu’elle voit ne lui plait pas, mais vraiment pas. Elle ne dit rien et se contente d’observer l’horizon. Cependant, sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte, son corps s’exprime à sa place et trahit les sentiments qu’elle ressent a l’instant présent.

L’appareil atterrit enfin à l’aéroport international de Libreville. Les deux femmes descendent de l’avion et vont attendre leurs bagages. Dès lors, Aicha remarque déjà les différences. C’est beaucoup plus petit, mais c’est surtout beaucoup plus moche pour elle. Rien n’y fait, elle déteste déjà cet endroit. Une fois qu’elles ont récupéré leurs affaires, Aicha et sa mère vont dans le hall où un jeune homme les attend avec une pancarte sur laquelle sont inscrits leurs noms. Ce dernier est grand, mesurant à peu près un mètre quatre-vingts, porte un pantalon noir assorti d’une chemise grise, et a une coupe de cheveux très soignée.

  • Bonjour madame, je m’appelle Junior et je travaille pour votre mari, dit-il en se présentant à elles, monsieur m’a demandé de vous conduire jusqu’à votre domicile.
  • Merci beaucoup. C’est très aimable à toi, répond Meriem.

La mère, la fille, et le jeune homme se dirigent vers la parking ou le véhicule, un Toyota Prado de couleur noire, est stationne. Junior range les bagages dans le coffre tandis que les deux femmes montent dans la voiture. Une fois cela fait, il monte à son tour et les emmène chez elles. Sur le trajet, Aicha observe méticuleusement le paysage et les sentiments qu’elle avait dans l’avion se font plus intenses. Les rues sont sales et poussiéreuses. Le goudron et les trottoirs sont inexistants à certains endroits. Cette ville est tout le contraire de Paris. Elle n’en revient toujours pas que ses parents vont la forcer à vivre dans un endroit pareil.

Une vingtaine de minutes plus tard, le trio arrive devant un grand portail marron foncé. Au-dessus de la barrière qui a à peu près la même taille que le porche, on peut apercevoir l’étage de leur maison de couleur beige. Junior klaxonne deux-trois fois et un homme vêtu d’une chemise bleue à manches courtes et d’un pantalon noir ouvre les deux battants. Il s’agit vraisemblablement du gardien. La voiture pénètre dans la propriété et va se garer à coté de deux autres véhicules, un Range Rover rouge et un autre de couleur noire.

Lorsque le moteur s’arrête, un homme d’âge mure légèrement plus grand que junior sort de la maison. Quand Meriem l’aperçoit, elle ouvre précipitamment la portière, coure vers lui, et se jette dans ses bras.

  • Chérie ! Vous m’avez tellement manqué, dit-elle une fois contre lui.
  • Oui madame Ellah, je sais et j’en suis sincèrement désole, mais je devais surveiller les travaux de notre petit nid d’amour, lui répond-t-il.
  • Ne vous inquiétez pas. Je ne vous en tiens pas rigueur.

A ce moment, Aicha sort à son tour du Toyota Prado et passe à côté d’eux avec une mine attachée. Son père lui dit alors bonjour et lui souhaite la bienvenue, mais cette dernière ne lui répond pas.

  • Qu’est-ce qu’elle a ? demande-t-il à son épouse.
  • Elle fait la tête parce qu’elle ne voulait pas venir ici.
  • Je vois. J’irai lui parler tout à l’heure et on essayera de régler ce problème.

Meriem le remercie et tous deux rentrent dans leur foyer conjugale. Pendant ce temps, Junior décharge les valises de la voiture et les amène à l’intérieur. La demeure est très spacieuse, avec deux salons, une cuisine toute équipée, une pièce dans laquelle se trouve un bureau pour travailler, et quatre chambres à l’étage. L’épouse de David est impressionnée par tout ce qu’il a accompli durant les six derniers mois. A ses yeux, leur maison est parfaite et représente la définition même d’une vie de famille rêvée.

A suivre !!!

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