Chapitre 02

Dès qu’Aicha et sa mère finissent de manger, la gouvernante débarrasse la table. Les deux femmes sortent alors de table et se dirigent à l’extérieur de la maison où Junior est supposé les attendre. Lorsqu’elles sortent, elle voit le jeune homme en train de parler avec Mamadou. Quand ce dernier les voit approcher, il accoure vers la voiture, monte à l’intérieur, met le contact, et démarre le véhicule. Aicha devance sa mère et pénètre en premier en la bousculant légèrement au passage. Meriem reste immobile quelques instants, pensant au geste que sa fille venait de réaliser, puis monte à son tour. Le gardien ouvre alors l’énorme portail de la concession. Le chauffeur fait avancer doucement le Toyota avant de s’en aller pour de bon avec Madame et Mademoiselle à son bord.

Sur la route, la fille de Meriem est très silencieuse et écoute de la musique avec sa paire d’écouteurs tout en regardant le paysage au-travers de la vitre. Pendant ce temps, sa mère demande au chauffeur le programme de leur sortie.

  • Comme Monsieur m’a demandé de vous faire visiter la ville, j’ai donc pensé que ce serait une bonne idée de commencer par Mbolo, lui répond-t-il.
  • Mbolo ?! Qu’est-ce-que c’est ? demande-t-elle, intriguée.
  • C’est notre plus grand centre commercial…

Lorsque les mots ‘centre commercial’ parviennent aux oreilles d’Aicha, cette dernière devient soudainement intéressée par la conversation entre Junior et sa mère. D’ailleurs, elle diminue même le volume de sa musique pour mieux les entendre.

  • … c’est un lieu très fréquenté. J’ai l’habitude d’y conduire Monsieur lorsqu’il est trop fatigué pour conduire lui-même.
  • Je vois. Ça semble être un endroit intéressant. Il m’a aussi demandé d’acheter des cartes Sim pour Aicha et moi, mais j’aimerais savoir quel est le meilleur réseau de communication ici.
  • Si je devais conseiller un réseau à Madame et à Mademoiselle, alors ce serait celui de Libertis. Cependant, en fonction du téléphone, la consommation d’unités se fait plus ou moins vite. Il y a aussi Airtel qui offre beaucoup de différents services et qui possède également une assez rapide connexion.
  • Ok. En tout cas, nous verrons ça en temps voulu. Pour l’instant, direction Mbolo.

Pour se rendre au centre commercial, Junior a deux choix : soit il passe par le rond-point de la Cité de la démocratie puis par le boulevard triomphale, soit il passe par le bord de mer. Il choisit évidemment la seconde option qui est beaucoup plus courte.

            Sur le chemin, Aicha, qui a remis son oreillette en place, observe vite fait les gens qui profitent de leurs derniers jours de vacances. Une fois les parties fréquentables dépassées, son regard se fixe alors sur les vagues qui viennent, les unes après les autres, cogner le littorale.

Une vingtaine de minutes après leur départ de la maison, leur trio arrive finalement au centre commercial. Dès qu’Aicha le voit, tous les espoirs qu’elle portait pour ce lieu sont réduits à néant.

  • C’est ça qu’ils appellent leur plus grand centre commercial, pense-t-elle intérieurement avec beaucoup de mépris.

L’endroit en question est beaucoup plus petit que ce qu’elle espérait. Quand Junior et sa mère en parlaient dans la voiture, elle avait en tête un énorme bâtiment de plusieurs étages comme ceux qu’elle avait l’habitude fréquenter à Paris. Toutefois, ce qui s’affiche devant elle n’est rien de plus qu’un grand édifice sans charme de quelques mètres carrés. Il y a même des gens vendant à l’extérieur dans des sortes de kiosques, ce qui renforce encore plus la mauvaise image qu’a le pays de son père pour la jeune femme. D’ailleurs, pour elle, il ressemble plus à un simple magasin de rue qu’à un véritable centre commercial.

Junior gare le Toyota Prado sur le parking de Mbolo puis les trois compères descendent du véhicule. Même si Meriem est elle aussi un peu déçue par ce fameux grand commercial, elle se dit que c’est toujours mieux que rien, que ce n’est pas son apparence qui compte mais son contenu. Alors qu’Aicha et sa mère sont sur le point de rentrer, les deux femmes sont interpelées par un des vendeurs ambulants qui essaie de leur refourguer sa marchandise.

  • Désolé, mais ces dames n’ont pas besoin de ce genre d’articles, intervient brusquement junior.
  • Tu es sur mon frère ? Regarde, j’ai des bijoux qui peuvent les intéresser, insiste le vendeur.
  • Non. Je t’ai dit qu’elles n’en ont pas besoin.
  • Ok !

Ayant réussi à repousser cet homme, Junior part rejoindre les jeunes femmes qui le regardaient jusqu’à présent.

  • Je vous présente mes excuses pour ce petit incident.
  • Ne t’inquiète pas pour ça. Ce n’est pas ta faute. Mais dis-moi, ces vendeurs sont toujours aussi intrusifs ? lui demande-t-elle, un peu curieuse.
  • Certains d’entre eux oui.
  • Je vois.

Après ce léger incident, Meriem, Junior, et Aicha qui était restée silencieuse et à l’écart tout ce temps pénètrent enfin dans Mbolo. Bien qu’il doive leur servir de guide, il n’y a pratiquement pas grand-chose à montrer. Le jeune homme conduit donc la mère et sa fille dans la partie où elles pourront acheter les fournitures scolaire de la demoiselle et peut-être aussi chose si elles le désirent.

Junior attrapent un cadis et suit les deux femmes dans le premier rayon. Meriem sort alors une liste de son sac à main et sur laquelle elle a noté tous les articles qu’elle compte acheter. Pendant ce temps, Aicha affiche une mine attachée. Cette dernière n’a pas l’air de se plaire dans cet endroit. Non seulement l’a-t-on réveillée tôt pour la forcer à se rendre dans ce lieu, mais celui-ci n’est même pas à la hauteur de ses espérances. Il est donc normal que la jeune femme boude seule dans son coin.

Le trio continue de circuler dans les différents rayons que compte ce magasin, remplissant progressivement leur cadis de divers articles tels que des cahiers, des paquets de stylos de différentes couleurs, et de quelques livres. Il est désormais temps de passer à la caisse. Arrivé devant la caissière, Junior la salue puis déballe tous les objets sur le tapis roulant. La jeune demoiselle se trouvant devant eux lui retourne la politesse, scanne les différents articles, et leur annonce le prix. Meriem sort donc sa carte bancaire de son porte-monnaie et la lui donne. Après quelques seconds d’attente, le virement est accepté. La caissière lui remet alors son bien, ainsi que son ticket de caisse. La femme de David la remercie et lui souhaite de passer une agréable journée.

            Alors qu’ils se dirigent tous vers la voiture, Meriem pense soudainement à quelque chose. Bien que cela puisse sembler anodin comme question, elle demande à Junior si les cartes Sim sont achetées de la même manière qu’elle vient de le faire avec les courses. Il lui répond alors qu’il faut de la liquidité pour ça. Il ajoute également qu’elle n’a pas à s’inquiéter car il connait un endroit non loin de la maison mère de Libertis où elle pourra retirer de l’argent.

Meriem et Aicha sont dans la voiture tandis que junior range les achats dans le coffre. Face au long silence de sa fille, elle ne peut s’empêcher d’entamer la conversation.

  • Aicha ! dit-elle mais sans obtenir la moindre réponse.

Elle prononce à nouveau le prénom de son enfant, sans aucun succès. Elle retire alors l’une de ses oreillettes, ce qui la fait immédiatement réagir.

  • Quoi ?! Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-elle un soupçon d’agressivité dans le ton de sa voix.
  • Tu es bien calme depuis ce matin. Je sais que je me répète mais essaie de donner une chance au pays de ton père…
  • Ouais ! Ouais ! interrompt-elle sa mère en remettant son oreillette en place.

Meriem soupire un coup. Elle a de plus en plus de mal à parler avec sa fille et cela n’est pas seulement du à leur voyage. Elle avait commencé à changer bien avec cela. La femme de David sait très bien qu’elle est en pleine crise d’adolescence, mais elle ne sait pas comment gérer ça. Elle se dit donc qu’elle ira demander de l’aide à son époux. Lui peut-être saura comment faire.

Junior qui vient de finir ranger les courses et refermer le coffre, remonte à l’intérieur du véhicule.

  • Nous allons maintenant acheter les cartes Sim, n’est-ce pas ? demande Meriem lorsque ce dernier se met au volant.
  • Oui Madame, rétorque-t-il.
  • Ok !

Le jeune homme démarre le Toyota puis se met en route pour le centre-ville, lieu où se trouve la majorité, si ce n’est toutes les maisons mères des différentes entreprises de télécommunication du pays.

A suivre !!!

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