Acte 01

Il était aux alentours de neuf heures lorsqu’un convoi constitué de près d’une dizaine de véhicules pénétra dans Vormer City. A leur tête, une Cadillac Escalade noire dans laquelle se trouvaient deux individus. Celui qui se tenait derrière le volant était un jeune homme d’un vingtaine d’années, portant une casquette gris-noire sur la tête, un sweat à capuche gris avec des manches retroussées, un pantalon Jean bleu, et des chaussures noires de la marque Puma. Il avait des yeux marrons et arborait une barbe et une moustache de quelques jours.

Assise sur le siège passager, se trouvait une jeune femme d’une dizaine d’années étant légèrement plus petite que le conducteur. Celle-ci était vêtue d’un t-shirt jaune sur lequel on pouvait distinguer différents motifs et d’un pantalon presque identique à celui de son voisin, le sien étant noir. Elle chaussait une paire de basket blanche et affichait la même couleur de yeux que le jeune homme. Cette dernière manipulait son tel tout en écoutant de la musique via ses oreillettes sans fil.

Alors qu’il venait de dépasser l’un des panneaux leur indiquant la distance restante avant qu’il ne quitte l’une des artères principales, le conducteur jeta un coup d’œil rapide sur l’écran de navigation de leur véhicule.

  • Encore trente kilomètres et nous serons chez nous, déclara-t-il.

La jeune femme se répondit pas et se contenta uniquement de secouer la tête. Exaspéré, le conducteur lâcha un lourd soupire. Cela faisait déjà près d’une heure qu’ils n’avaient échangé aucun mot.

  • Tu pourrais montrer un peu plus de joie, ajouta-t-il alors.
  • Hmph, Hmph, rétorqua-t-elle cette fois-ci.
  • Ok ! Tu veux la jouer comme ça, pensa le conducteur.

Alors qu’il avait sa main gauche sur le volant et la droite sur sa propre cuisse, le jeune homme interchangea les deux et, avec la première, sortit discrètement son téléphone portable de son sweat à capuche. Il composa ensuite furtivement le numéro de la fille et lança l’appel.

  • Tu te crois drôle, déclara la passagère moins d’une seconde après que sa musique ne se soit arrêtée.
  • Oh mon Dieu ! Elle parle ! répondit le conducteur à son tour en faisant semblant d’être étonné.
  • Oui je parle ! s’exclama-t-elle en mettant un terme à l’appel.

La jeune femme reprit donc ce qu’elle faisait. C’était sans compter l’intervention du jeune homme qui la téléphona de nouveau.

  • Pascal arrête ça ! cria-t-elle cette fois.

Sa réaction était si drôle que cela déclencha un fou rire chez le coupable.

  • Tu devrais voir ta tête. Elle est trop drôle. Martine, tu devrais te lancer dans la comédie, tu deviendras célèbre à coup sûr.
  • Ah, ah ! Très drôle. Contente-toi de conduire. D’ailleurs, on serait arrivé beaucoup plus vite si tu m’avais écouté depuis le départ et laissé prendre le volant.
  • Désolé mais je tiens à ma vie, retorqua-t-il en essuyant la petite larme qui venait de couler de son œil.
  • Hé ! Je sais conduire, je te signale, s’écria Martine.
  • Je t’ai vue faire et c’est tout sauf de la conduite.
  • Ah oui ! Tu peux bien parler toi. Je n’t’ai jamais vu participer à aucune course. Tu possèdes pourtant une sacré voiture à l’arrière d’un des camions mais tu ne la conduis jamais. Tu préfères rouler dans ta Cadillac à longueur de journée.
  • Que veux-tu que je te dise ? Ce sont des choses qui…
  • Je t’ai déjà dit plusieurs fois que ‘ce sont des choses qui arrivent’ n’est pas une réponse, interrompit-elle Pascal.

Le jeune homme ne pouvait que bien comprendre l’exaspération de Martine. ‘Ce sont des choses qui arrivent’ était une expression qu’il utilisait tout le temps, surtout lorsqu’il ne voulait pas poursuivre une conversation.

  • Ecoute, cette voiture, on me l’a confiée. La personne qui me l’a donnée m’a dit de la conduire uniquement lorsque je me sentirai prêt. Pour l’instant, je ne le suis pas, donc on fait avec.
  • Hmph ! Si tu le dis. En tout cas, je maintiens le fait qu’on serait arrivé beaucoup plus vite si tu m’avais laissé le volant.
  • Peut-être ! De toute façon, il est déjà trop tard pour savoir si ca aurait été le cas.

Il ne leur restait plus qu’une dizaine de kilomètres à parcourir avant d’arriver dans leur nouvelle demeure. Pascal, trouvant que la cabine était un peu trop silencieuse à son gout, décida de mettre un peu de musique. Il connecta donc son téléphone portable à sa voiture via la connexion Bluetooth, puis parcourut sa bibliothèque musicale pendant quelques secondes avant de trouver le morceau qu’il désirait écouter. Il s’agissait de ‘Ghost n Stuff’ de DeadMau5.

—–*—–

Vers neuf heures trente, le convoi s’arrêta devant le portail d’une immense propriété. Pascal baissa la vitre de son coté, approcha son véhicule du boitier noir se trouvant devant l’entrée, et l’ouvrit. A l’intérieur se trouvait un clavier à code sur lequel il appuya dix fois. Un petit bip sonore se fit ensuite entendre et le portail commença à s’ouvrir.

  • Je me demande toujours où tu as trouvé l’argent pour te payer une maison pareille, dit la jeune femme.
  • Il y a des choses qu’il vaut mieux garder secrètes, répondit-il en refermant le boitier.

Le jeune homme remonta la vitre de sa voiture et pénétra, ainsi que les camions derrière eux, dans la concession.

La maison dans laquelle Martine et Pascal allaient désormais habiter était localisée dans un coin un peu reculé au Nord-Ouest de Vormer City. Elle occupait une superficie de près de quatre mille mètres carrés et disposait même d’une piscine extérieure. Les camions transportant les conteneurs s’arrêtèrent près de la barrière tandis que le jeune homme et les autres véhicules se garèrent à côté de la porte d’entrée. Pascal coupa le moteur pendant que la fille, impatiente de visiter les lieux, descendit précipitamment.

  • Comment tu feras pour ouvrir la porte ? lui demanda-t-il.

En entendant sa question, Martine s’arrêta net. Elle avait oublié ce léger petit détail sous l’effet de son engouement. Ce fut à ce moment que le jeune homme ouvrit la boite à gants, mit sa main à l’intérieur, et sortit un trousseau contenant deux clés identiques. Il le lui lança par la suite. Cette dernière l’attrapa en plein vol, se retourna ensuite, puis se dirigea de nouveau vers la porte d’entrée. Elle introduisit l’une d’entre elles dans la serrure, la déverrouilla, puis abaissa la poignée.

L’intérieur était encore plus beau et spacieux que l’extérieur. L’entrée donnait sur un immense séjour de plusieurs mètres carrés disposant d’une baie vitrée derrière laquelle se trouvait une petite terrasse. En s’approchant un peu de cette dernière, Martine constata qu’ils avaient une magnifique vue de la ville. Sans tarder, elle passa à la pièce la plus proche d’elle. Il s’agissait de la cuisine. Celle-ci possédait un grand plan de travail et un long meuble se situant en son centre. Elle ouvrit le gigantesque frigidaire mais ce dernier était vide. Martine le referma donc et passa à une autre salle. La jeune femme visita tout le rez-de-chaussée et remarqua quelque chose de très curieux. Lorsqu’elle arriva dans leur buanderie, elle trouva que celle-ci semblait étrangement petite, que l’un des murs était beaucoup trop épais. Il mit alors cela sur le coup d’une erreur de l’architecte.

Martine arriva finalement à l’étage. Ce dernier n’était constitué que de trois pièces. La première était la chambre de Pascal. Il était facile pour elle de le savoir car son nom avait été gravé sur la porte. Elle essaya de l’ouvrit mais celle-ci était verrouillée. La jeune femme passa donc à l’autre pièce qui se trouvait être un poste de travail. De nombreuses étagères destinées à accueillir des ouvrages étaient présents. La troisième et dernière était sa chambre à elle. Il y avait déjà un lit pour se coucher et un bureau pour travailler. Martine se coucha quelques instant dessus avant de se diriger vers la seconde porte se trouvant à proximité. Elle s’arrêta cependant pour contempler le drôle de portrait accroché au mur de sa chambre. Il s’agissait de celui d’une femme blanche du moyen-âge vêtue d’une robe rouge et tenant dans ses mains un bouquet de fleurs rouges.

  • Qu’est-ce qui lui a pris de mettre une chose pareille ici ? se demanda-t-elle.

Martine posa alors ses deux mains sur l’objet et essaya de le décrocher. Malheureusement, ce dernier refusa de bouger d’un pouce.

  • C’est quoi le délire ? Depuis quand les tableaux sont-ils scotchés au mur ?

La jeune femme essaya une nouvelle fois de décrocher ce qu’elle considérait comme le summum du mauvais gout néanmoins sans succès. Elle abandonna alors mais n’en restait pas là pour autant.

Martine continua sa visite des lieux et ouvrit la porte pour découvrir une salle de bain tout équipée. Elle n’en revenait pas à quel point c’était beau, ce qui lui fit se demander à nouveau où Pascal avait bien pu se procurer l’argent pour construire une telle demeure. Au moment où la jeune femme s’apprêtait à ressortir de là, elle constata une décalage dans le mur et eut à nouveau le sentiment que ce dernier était beaucoup trop épais. D’ailleurs, elle remarqua également que sa chambre se trouvait juste au-dessus de la buanderie.

La jeune femme sortit de la pièce et retourna au rez-de-chaussée. Elle vit alors des hommes transporter des meubles et autres objets dans la maison. Il s’agissait des déménageurs que Pascal avait précédemment engages. Elle s’excusa du dérangement qu’elle occasionna en se mettant sur leur chemin et partit retrouver le jeune homme qu’elle avait préalablement cherché du regard avant.

  • Pascal ! Je pense que l’architecte qui a dessiné le plan de ta maison a fait quelques petites erreurs de calcul, dit-elle une fois arrivée à ses côtés.
  • Comment ça ? répondit-il après s’être retourné vers elle.
  • Le mur dans la buanderie et dans ma chambre est beaucoup trop volumineux. Aussi, c’est quoi cette mocheté placardée dans ma chambre. J’ai tout essayé mais impossible de retirer ce putain de tableau du mur.
  • De quoi tu parles ?
  • Je parle du tableau dans ma chambre. T’es sourd ou quoi ?
  • Non ! Je ne suis pas sourd. J’ai peut-être de la cérumen dans les oreilles, mais rien de bien méchant. J’entends parfaitement bien, lui répondit-il tout en vérifiant qu’il n’avait effectivement rien dans l’oreille avec son doigt.
  • Tu te fous de moi, c’est ça ?
  • Tu as tout compris, ajouta-t-il en rigolant.
  • Je vais t’étrangler, rétorqua la jeune femme qui commençait à perdre patience.
  • Non, tu peux pas. Y a trop de témoins. Bon trêve de plaisanterie. Montre-moi ton fameux tableau.

Sur le point d’exploser, Martine se calma et conduisit Pascal dans sa chambre. Là, le jeune homme put constater de ses propres yeux qu’il y avait effectivement un tableau accroché au mur de la chambre. Il plaça ses mains dessus et tira lui aussi de toutes ses forces. Le résultat fut encore le même. L’œuvre refusait de bouger.

  • Eh bien ! On dirait que tu vas devoir te coltiner cette chose pendant très longtemps, dit Pascal.
  • Merde ! s’exclama la jeune femme.
  • En tout cas, on peut dire que nombreux secrets se cachent dans ses yeux, ajouta-t-il.
  • Mais de quoi tu parles ? questionna-t-elle, déconcertée.
  • Je sais pas. Bref, allons aider les autres ! répliqua une dernière fois le jeune homme avant de sortir de la pièce.

Martine resta seule quelques secondes. Elle regarda le portrait de la femme, lança un soupire, et quitta elle aussi sa chambre.

—–*—–

Il fallut près de deux heures à tout le monde pour pouvoir ranger toutes les affaires à l’intérieur de la maison. Il ne restait plus qu’à s’occuper des cinq conteneurs se trouvant sur les camions.

  • Comment on va les faire descendre ? demanda Martine.
  • Ne t’en fait pas pour ça. Ils ne devraient plus tarder, répondit Pascal après avoir vérifier l’heure sur ton téléphone portable.
  • De qui tu…

Bien avant qu’elle n’ait le temps de finir de poser sa question, des bruits de klaxon se firent entendre au niveau du portail.

  • Pile à l’heure ! s’exclama le jeune homme.

Pascal se dirigea à l’intérieur de la maison et s’arrêta au niveau de la porte d’entrée. Un second boitier s’y trouvait. Ce dernier avait la même couleur que le mur, ce qui expliquait en partie pourquoi Martine ne l’avait pas remarqué lorsqu’elle vint le chercher. Le jeune homme l’ouvrit pour dévoiler une sorte de panneau de contrôle muni d’un écran. A travers celui-ci, on pouvait clairement distinguer les individus se trouvant à l’extérieur de la concession. Apres avoir confirmé visuellement qu’il s’agissait des personnes qu’il attendait, Pascal tapa de nouveau le code à 10 caractères sur le pavé tactile et le portail s’ouvrit, laissant les invités pénétrer chez eux.

Les nouveaux arrivants étaient au nombre de dix. Ceux-ci vinrent avec trois véhicules dont un servait à transporter une grue mobile. Ils garèrent leurs voitures et proximité de celle de Pascal, puis descendirent. L’un d’entre eux vint alors à la rencontre du jeune femme qui se tenait en face du groupe. L’homme était vêtu d’un pantalon Jean bleu clair, d’un gilet jaune orangé par-dessus sa chemise à carreaux, et de très grosses chaussures de chantier marrons.

  • Je suppose que vous devez être Prestige Pascal, lui dit-il en lui tendant la main pour la saluer.
  • Hmph, Hmph ! Mauvaise pioche. Moi je suis sa petite sœur Martine Crystal. Prestige c’est le bougre là-bas, répondit-elle en pointant du doigt son frère.
  • Mes excuses !
  • Ne vous en faites pas pour ça. Vous ne pouviez pas savoir, rétorqua-t-elle.

L’homme s’excusa de nouveau pour son erreur et partit cette fois-ci à la rencontre de son client.

  • Monsieur Berwick ! Ravi de vous voir, s’exclama le jeune homme en lui serrant la main.
  • Non tout le plaisir est pour moi. Vous êtes celui qui a fait appel à ma société pour le transport de vos bien. Et pour cela, je vous suis très reconnaissant. Je vois que mes hommes ont déjà fini de ranger une partie de vos affaires dans votre demeure.
  • Oui, ils nous ont été très utiles à ma sœur et à moi. Grace à eux, nous avons pu finir beaucoup plus vite que prévu.
  • Vous m’envoyez ravi. Il ne nous reste plus qu’à nous occuper de vos conteneurs.
  • En effet !
  • Laissez nous faire. Nous avons amené l’outil indispensable pour ce genre de taches.

Les deux hommes finirent de s’échanger des courtoisies, puis allèrent observer les employés de monsieur Berwick décharger la grue et insérer des chaines dans les interstices des conteneurs. Moins de vingt minutes plus tard, l’opération pouvait débuter. L’homme d’affaire en profita pour donner un casque de protection à Prestige. L’engin se mit à soulever lentement la première boite d’acier et la posa délicatement à même le sol. Il passa ensuite à la seconde, puis à la troisième. Il fallut moins de quinze minutes pour que tous les conteneurs soient tous déchargés des camions.

Pascal remercia tout le monde pour leur travail ardu et leur offrit des pourboires qu’ils acceptèrent tous volontiers. Il était désormais temps de se dire au revoir. Les ouvriers, ainsi que leur patron, remontèrent dans leurs véhicules et s’en allèrent. Martine, qui les avait observés assise sur les marches d’escalier, vint retrouver son frère.

  • C’est la première fois que je te vois parler de la sorte. Ca ne te ressemble tellement pas, lui dit-elle.
  • Il y a une première fois à toute chose, lui répondit-il.
  • Ça c’est certain.
  • En tout cas, nous avons encore du travail à faire.
  • Du travail ? Tu parles des bagages qui sont dans le coffre de la voiture ? demanda la jeune femme.
  • Non. Ça peut attendre. J’ai la dalle. Il est temps de remplir le frigo ainsi que nos estomacs.
  • Là tu parles un langage que je comprends. Je suis partante, rétorqua une Martine excitée.

Apres avoir verrouillé la porte d’entrée de leur demeure, le grand frère et la petite sœur remontèrent dans la voiture. Ils mirent ensuite le cap vers le centre-ville de Vormer City.

A suivre !!!

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