Acte 02

Pascal et Martine se trouvaient dans leur véhicule et faisaient route vers le centre-ville. Bien que la musique resonnait dans toute la cabine, aucun des deux ne semblait l’apprécier. A vrai dire, leurs yeux étaient intensément fixés sur la route 40, un peu comme s’ils analysaient ses moindres petits détails. Ce fut d’ailleurs ainsi qu’ils remarquèrent les nombreuses caméras de surveillance disposées de chaque côté de leur trajet à intervalle de cinq cents mètres environ.

  • D’après toi, elles servent à quoi toutes ces cameras ? demanda Martine, curieuse.
  • Je n’en ai absolument aucune idée, répondit-il.
  • C’est tout de même bizarre d’en voir autant sur une route. En plus, depuis là nous n’avons croisé aucun autre véhicule.
  • Les gens sont surement au travail en ce moment. Maintenant concernant ces caméras de surveillance, elles doivent avoir une utilité bien précise. En tout cas, nous en saurons surement plus lorsque nous arriverons à destination.
  • Surement.

Le frère et la sœur continuèrent le trajet et, une quarantaine de minutes plus tard, arrivèrent dans le centre-ville de Vormer City. L’endroit était très animé et bondé de monde. Dans un tel environnement, ces deux jeunes gens auraient dû passer inaperçus, mais ce ne fut pas le cas. En effet, alors qu’ils circulaient tranquillement dans une des rues, ils constatèrent qu’une très grande partie des usagers avaient les yeux braqués sur eux, ce qu’ils trouvèrent plutôt étrange. C’était la première fois qu’ils assistaient tous les deux à un tel phénomène qui ne les laissait pas indifférents.

  • C’est quoi leur délire à tous nous fixer ainsi ? questionna la petite sœur, curieuse.

Prestige ne répondit pas immédiatement et profita du fait qu’ils étaient à l’arrêt à un feu de signalisation pour regarder tout autour d’eux. Ce fut alors qu’il remarqua que certains d’entre eux ne se contentaient pas de les observer. Il y avait également ceux qui faisaient des captures vidéo de leur voiture.

  • Ne nous préoccupons pas d’eux pour le moment. Nous avons une tache bien précise à accomplir. En plus, j’ai beaucoup trop faim pour penser à autre chose que de la nourriture en ce moment, répondit le jeune homme.

Au moment même où il finit de lui répondre, son estomac se mit à gargouiller, venant ainsi renforcer ses dires. Sachant qu’il n’allait pas pouvoir tenir bien longtemps, Prestige utilisa la navigation de bord de sa voiture pour trouver le fast-food le plus proche de leur position. Une chance pour lui, y en avait un à moins de quatre cents mètres. Le feu passa finalement au vert, ce qui permit au jeune homme d’enfoncer la pédale des gaz et de partir en direction de son saint graal du moment.

Prestige et Martine arrivèrent dans la file d’attente du restaurant quelques minutes plus tard.

  • Je pensais que l’on partait faire des courses pour remplir le frigo, lui dit sa petite sœur, légèrement étonnée de leur présence à cet endroit.
  • C’est toujours le cas. Je ne peux juste pas attendre notre retour à la maison. J’ai trop faim, lui répondit-il tout en mettant sa main sur son ventre.
  • Je vois.

Les voitures se trouvant devant la leur avancèrent tour à tour pour passer leur commande et la récupérer un peu plus loin. C’était finalement à eux de le faire. Pascal stoppa son véhicule à côté du panneau sur lequel étaient marqués tous les articles que la chaine de restauration vendait. Il abaissa alors la vitre de sa portière et diminua le volume de sa musique.

  • Bonjour et bienvenus au ‘Vormer Fast,’ que puis-je faire pour vous être utilise, déclara une personne à travers le haut-parleur.
  • Tu prends quoi ? demanda le jeune homme à sa petite sœur.

Celle-ci fixa alors le menu pendant plusieurs secondes avant de finalement faire son choix.

  • Le numéro trois et le vingt-deux, répondit-elle à la question de son frère.

Ce que Martine venait de sélectionner n’est nulle autre qu’un Vormer Méga One, un énorme hamburger identique à celui diffusé dans certaines publicités, et une boisson gazeuse similaire à celle la plus connue dans le monde.

  • Ce sera donc un Vormer Méga One et une boisson cola pour la demoiselle. Quant à moi, je prends un Chicken Wrap avec un smoothie mangue-ananas, dit-il à l’employé.
  • Quelle taille pour la boisson cola ?
  • La plus large, rétorqua Martine.
  • Vous avez entendu la p’tite dame.

La personne se trouvant à l’autre bout du fil résuma alors leur commande avant de leur demander si c’était tout ce qu’il prendrait.

  • Oui, ce sera tout, s’exclama Prestige.

L’employé du Vormer Fast leur donna finalement le montant total qu’ils auraient à payer et les invita à avancer. Le jeune homme le remercia alors, remonta par la suite la vitre de sa voiture, et avança jusqu’à la caisse. La personne avec qui ils parlaient précédemment leur rappela à nouveau le montant total de leur commande. Prestige sortit alors la carte bancaire et la lui donna. Quelques secondes plus tard, le grand frère et la petite sœur récupérèrent leurs articles, la propriété du jeune homme, et un reçu.

  • Merci beaucoup. Passez une bonne journée, déclara Prestige.
  • Merci beaucoup, à vous aussi, rétorqua l’employé.

Les jeunes gens allèrent se garer sur le parking du restaurant. Là, le grand frère déballa avec précipitation son Chicken Wrap et en renversa un peu sur son blouson.

  • Putain ! s’exclama-t-il après.
  • Ça t’apprendra à être si pressé, dit Martine à son tour.

Il lui lança un regard dans lequel on pouvait clairement distinguer des envies de meurtre. Apres ce petit échange non verbal, Pascal ramassa les morceaux de poulet qui étaient tombés sur son tapis, baissa de nouveau la vitre de sa voiture, et les jeta à l’extérieur.

  • Très bon exemple de citoyenneté, s’exclama la jeune femme en le voyant faire.
  • Me fais pas chier, ok ! C’est déjà assez frustrant comme ça, dit-il.
  • Oh mais du calme. C’est pas une si grosse perte.

Le jeune homme lui lança de nouveau un regard noir qui la fit se demander si son frère ne souffrait d’une sorte de maladie mentale ou un truc du genre.

  • Ce sont des centimes que je viens de jeter par la fenêtre je te signale, lui répondit-il.
  • Dans ce cas, il fallait les manger au lieu de les balancer.
  • Hmph !
  • En tout cas, ce qui est fait est fait. Pas besoin de faire une tête pareille.

Martine ouvrit la petite boite en carton qui contenait son hamburger et l’entama sans plus tarder. Pascal, quant à lui, finit par se rendre compte que sa réaction avait peut-être été un peu exagérée. Mais tout de même, c’était toujours de l’argent perdu, pensait-il.

Le jeune homme en étant à la moitié de son sandwich lorsqu’il attrapa sa boisson dans le porte-gobelet. Il y inséra une paille et prit une bonne gorgée du liquide jaune.

  • Putain, ce truc est toujours aussi bon, s’exclama-t-il.
  • Ah bon, tu me fais gouter ? demanda sa petite sœur avec curiosité.
  • Jamais de la vie ! T’avais qu’à prendre la même chose.
  • T’es pas sympa.
  • Je sais et c’est cool !

Martine en avait marre de ses conneries. Malheureusement, elle ne pouvait rien y faire. Elle lui donna cependant une tape sur la tête, ce qui ne lui plut pas.

  • Ne refais plus jamais ça, sinon…
  • Sinon quoi ? l’interrompit-elle en le tapant de nouveau.
  • Sinon je crèverai les pneus de ta caisse et trafiquerai son système électrique pendant que tu dors, répondit-il.
  • Tu n’as même pas intérêt à faire ça.
  • Frappe-moi encore une fois et tu verras.

Martine avait bien envie de le faire mais, connaissant son frère, il était capable de mettre ses menaces à exécution. En plus, ce dernière avait des heures de sommeil vraiment très étranges. Elle finit par abandonner cette petite confrontation.

  • C’est bon, je vais plus le faire, lui dit-elle finalement avant de retourner manger son hamburger tranquillement.
  • Top !

Il fallut environs dix minutes au grand frère pour finir sa nourriture. Il rangea les restes dans le sac dans lequel elle était venue. Apres cela, Prestige enclencha la marche arrière et reprit le chemin de leur destination initiale.

Le duo arriva finalement devant l’un des centres commerciaux de Vormer City. Ils descendirent de leur voiture, la verrouillèrent, et entrèrent dans l’énorme bâtiment de plusieurs étages. Comme avec les passants dans la rue, certaines personnes présentes dans l’édifice avaient les yeux rivés, ce qui commença à taper sur le système de la jeune femme. Voyant que sa petite sœur était sur le point de craquer, Prestige n’eut d’autre choix que d’intervenir.

  • Calme-toi. Ce n’est pas le moment de faire un scandale, dit le jeune homme en posant la main sur son épaule.
  • Mais…
  • Nous finiront par connaitre la raison de tout ceci.

Le coté sérieux de son frère était quelque chose qu’elle n’avait pas l’habitude de voir. Il ne montrait en général que deux facettes à longueur de journée. Soit il était souriant et moqueur, soit il était indifférent et impassible. Martine l’écouta donc et ne préta plus attention aux regards des autres, du moins elle essaya.

Martine et Pascal arrivèrent dans la partie du centre commercial qui vendait des denrées alimentaires et autres choses indispensables au quotidien. Ils prirent deux chariots et commencèrent à circuler à travers les différents rayons, prenant tout ce dont ils avaient besoin. A cause de la configuration du magasin qui leur était inconnue, il leur fallut près d’une heure pour tout rassembler avant de passer à la caisse.

  • Bonjour ! dirent-ils tous les deux à la caissière en la voyant.
  • Bonjour ! répondit-elle à son tour.

La jeune femme attrapa les articles que Prestige venait de déposer sur le tapis roulant et les scanna. Pendant ce temps, Martine s’était avancée pour les réceptionner et les plaça dans son chariot qui était désormais vide. Pendant le processus de scan, la caissière n’arrêtait pas de fixer Prestige, ce qui commença à le mettre mal à l’aise.

  • Y a-t-il un problème ? questionna-t-il.
  • Vous êtes nouveaux en ville, n’est-ce pas ? rétorqua-t-elle.
  • En effet. Comment le savez-vous ?
  • C’est une petite ville. Les informations circulent très vite ici.

La réponse qu’elle lui donna ne lui satisfit pas. Apres tout, il y avait quelque chose qui clochait dans ses dires. La ville dans laquelle sa sœur et lui se trouvaient en ce moment occupait une superficie de plus de 1600 kilomètres carrés. En plus, elle comptait également plus de deux cent mille habitants. Il n’y avait donc aucun moyen pour qu’elle puisse savoir que c’était leur premier en ce lieux.

Alors qu’il se demandait comment cette jeune femme pouvait savoir cela sur eux, Prestige se remémora quelque chose d’encore plus étrange. Sur la route jonchée de cameras, il n’avait croisé aucune voiture. Au début, il avait pensé que c’était parce que les gens travaillaient en ce moment mais cela n’avait aucun sens. Même durant les heures de travail, il y avait toujours des véhicules qui circulaient. Il fallait qu’il en ait le cœur net.

  • Dites-moi, à quoi servant les cameras situées sur la route menant au sommet de la montage ? demanda-t-il.
  • Vous parlez de celles de la route 40 ?
  • Oui, c’est bien cela.
  • Eh bien, elles sont là pour enregistrer et retransmettre en direct les courses de rue qui s’y déroulent.
  • Les courses de rue ?! s’exclama Martine, très intéressée.
  • Oui. Des courses sont organisées tous les soirs sur cette route et diffusées dans l’ensemble de la ville. D’ailleurs, monsieur le maire a même décrété que la route 40 était uniquement dédiée à cela.
  • Je vois. Donc si je comprends bien, c’est grâce à ces fameuses cameras que vous avez su que ma sœur et moi étions nouveaux en ville.
  • C’est cela oui.

Cela prenait désormais tout son sens pour le jeune homme. Ces appareils devaient surement être équipés d’une sorte de détecteur de mouvements qui activait la capture des images, ce qui expliquait pourquoi les gens les regardaient aussi bizarrement. Ils avaient surement du penser que Martine et lui étaient des coureurs.

  • Je vous remercie pour ces précieuses informations, lui dit-elle.
  • Oh, de rien. Ce fut un véritable plaisir, répondit-elle.

La caissière finit de scanner le dernier article, appuya sur l’écran se situant devant elle, et leur donna finalement le montant total de leur achat. Prestige sortit donc de nouveau sa carte bancaire de son portefeuille et l’inséra dans l’emplacement prévu à cet effet. Un bip sonore vint alors confirmer que la transaction bancaire avait bien été approuvée et qu’il pouvait désormais retirer sa carte. Il la remit donc à sa place et rangea le tout dans la poche de son pantalon. La jeune femme lui remit par la suite son reçu.

  • Merci beaucoup. Passez une excellente journée, rétorqua-t-il en attrapant le morceau de papier.
  • Merci, pareillement, déclara la caissière avant de passer à son client suivant.

Le frère et la sœur retournèrent donc à leur voiture dans laquelle ils rangèrent tout ce qu’il venait d’acheter. Une fois le dernier sac en plastique placé dans le coffre, Martine ramena les deux chariots à l’endroit où ils étaient supposés être rangés, puis retourna dans la Cadillac. Le jeune homme mit le contact et démarra en direction de leur demeure.

  • Je sais ce à quoi tu penses, s’exclama subitement Prestige.
  • C’est-à-dire ? rétorqua sa petite sœur.
  • Ne fais pas semblant. J’ai très bien vu ta réaction là-bas quand la caissière a prononcé les mots ‘courses de rue.’ Actuellement tu n’as qu’une seule chose en tête et c’est de prendre ta voiture et d’arpenter les rues à vive allure. N’ai-je pas raison ?

La jeune femme ne pouvait en effet pas cacher son envie de participer à ce genre d’évènements. Elle avait envie d’éprouver des sensations très fortes derrière le volant.

  • C’est vrai que j’ai très envie de le faire.
  • En tout cas, je sais que je ne pourrai pas t’en empêcher, mais avant que tu ne t’y lances, j’aimerai que tu me montres comment tu conduis.
  • Tu es sérieux ?! demanda Martine avec étonnement. Tu as toujours refusé de monter avec moi.
  • C’est parce que je trouve ta conduite dangereuse. Je tiens à ma vie je te signale.
  • Alors pourquoi changer d’avis maintenant.
  • Ce n’est pas ta conduite à proprement parlé que je veux voir, mais plutôt la manière dont tu gères une monstre de puissance de plus d’une tonne. La route 40 est constituée de plusieurs virages et la moindre erreur pourrait te conduire à l’hôpital voire pire. Donc, si je juge ton contrôle insuffisant, je ferai tout pour clouer ta voiture sur place.

Bien que Martine comprît les inquiétudes de son frère, elle ne voulait en aucun cas que ce dernier touche à sa voiture. Ce fut donc avec la plus grande des déterminations qu’elle allait lui montrer comment une vraie pilote chevauchait l’asphalte.

A suivre !!!

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