Acte 06

Le téléphone de Prestige sonna aux alentours de 8h du matin. Le jeune homme ouvrit ses yeux, attrapa son appareil, coupa la sonnerie, et se rendormit quelques instants après. Malheureusement, dès le moment où il se retourna, son téléphone portable se mit de nouveau à sonner, ce qui le poussa à réouvrir de nouveau les yeux. Il saisit son appareil et constata qu’il s’agissait d’un appel en provenance d’une des ses connaissances. Ne pouvant l’ignorer, il le débrancha l’appareil, décrocha, et les deux commencèrent leur conversation.

  • Mec ! Il est huit heures du matin et je dormais. C’est trop tôt pour appeler les gens, déclara Prestige.
  • Ouais c’est ça ! Si tu dormais vraiment, tu n’aurais jamais répondu, répondit son correspondant.
  • C’est parce que je pensais que c’était encore mon alarme qui sonnait, rétorqua-t-il.
  • Ah ! Ca veut dire que tu es censé être debout en ce moment. Bref, si je t’appelle c’est pour savoir comment s’est déroulé l’emménagement.
  • Sans le moindre problème…

A ce moment, Pascal se souvint de la réaction qu’avait eu sa petite sœur lorsqu’elle était dans sa chambre pour la première fois.

  • Ah oui ! Y a Martine qui trouve le portrait que tu as installé dans sa chambre d’une moucheté sans précèdent, lui dit-il.
  • Comment ose-t-elle ? C’est pourtant une magnifique œuvre qui mérite d’être exposée dans les plus grands musées, s’exclama le jeune homme à l’autre bout du fil sur un ton déconcerté.
  • Tu sais ce que l’on dit, chacun ses gouts et ses couleurs. Quoi qu’il en soit, Martine ne s’est toujours pas rendu compte de ce que tu as installé dans sa chambre.
  • Je vois. Mais dis-moi, as-tu sorti le Vanguard depuis ton arrivée ?

Prestige se leva brusquement de son lit en écoutant cette question. Il se dirigea par la suite vers la fenêtre de sa chambre, tira légèrement les rideaux, puis regarda à l’extérieur.

  • Le Vanguard est toujours enfermé dans son conteneur. Tu sais que je ne peux pas l’utiliser. Il est beaucoup trop reconnaissable. Cela risquerait de les attirer à moi et je ne suis pas encore prêt à les accueillir, répondit Pascal en fixant du regard les boites en acier se trouvant dans son jardin.
  • C’est compréhensif. Ca prend du temps pour les maitriser. Quoi qu’il en soit, tu as toujours la 34 à ta disposition. Tu pourras toujours l’utiliser en attendant d’être prêt, rétorqua-t-il.
  • En effet. Sinon, quoi de neuf de ton coté ? Comment avancent tes recherches ? questionna le jeune homme.
  • C’est pas vraiment évident. L’échantillon dont je dispose n’est pas suffisant pour obtenir les résultats satisfaisants. J’en ai besoin d’une plus grosse quantité, répondit-il.
  • De quelle quantité parle-t-on exactement ?
  • A peu près 1 kilogramme. Ce sera selon moi amplement suffisant pour en tirer quelque chose.
  • Je pense pouvoir te trouver cela, mais tu vas devoir être patient. M’approcher de l’un d’entre eux nécessitera certaines préparations.

Les deux interlocuteurs continuèrent leur discussion pendant une dizaine de minutes avant de finalement mettre fin à l’appel. Prestige jeta alors son téléphone sur son lit et prit ensuite la direction de la douche. Il sortit de là une trentaine de minutes plus tard et vint se placer devant son armoire à linges. Il sélectionna les vêtements qu’il allait porter et, une fois cela fut fait, attrapa ses clés de voiture avant de quitter sa chambre.

Martine se trouvait déjà au rez-de-chaussée lorsque Prestige y mit les pieds. Celle-ci, qui faisait son petit-déjeuner à ce moment, lui demanda s’il voulait quelque chose à manger.

  • Non merci. Je vais me contenter d’un jus d’orange, lui répondit-il en ouvrant le réfrigérateur.

Le jeune homme attrapa sa bouteille de jus et un verre. Il y versa ensuite le liquide orange à l’intérieur avant de la remettre à sa place.

  • Tu descends en ville pour acheter la console et payer l’abonnement internet n’est-ce pas ? interrogea la petite sœur.

Prestige finit d’abord de vider son verre avant de lui donner une réponse.

  • Yep ! Et n’oublie pas ce dont nous avons parlé hier, dit-il.
  • T’inquiète, je ne vais pas oublier, rétorqua la jeune femme entre deux bouchées.

Le grand frère déposa son verre vide dans l’évier puis prit la direction de la porte. A l’extérieur, il déverrouilla son véhicule et pénétra à l’intérieur. Il démarra la voiture, activa son GPS, et quitta finalement le domicile familiale. Sur le trajet, Prestige prit le même chemin que sa sœur et lui avaient emprunté la veille. Il se fit donc de nouveau filmer par les différentes cameras de surveillance qui étaient disposées tout le long de la route.

  • Ce truc va être problématique, pensa-t-il avant de mettre de la musique et d’augmenter légèrement le son.

—–*—–

Pascal arriva finalement devant le premier magasin. Il s’agissait de celui de son fournisseur internet. Il chercha donc une place où se garer puis descendit de sa voiture. Le jeune homme rentra alors dans le boutique et tomba nez à nez avec une des employées. Cette dernière portait un pantalon noir et un polo bleu sur lequel était marqué le nom de la société pour laquelle elle travaillait.

  • Bonjour ! Que puis-je faire pour vous aider ? demanda-t-elle lorsqu’elle l’aperçut.
  • Bonjour ! J’aimerais souscrire à un abonnement internet, rétorqua-t-il.

La jeune femme lui donna les donna les différents forfaits qu’ils proposaient ainsi que les diverses options qui y étaient affiliées. Elle l’invita par la suite à choisir parmi ces derniers. Après avoir qu’il eut fait sa sélection, la demoiselle lui donna le monta à payer. Le jeune homme sortit alors son portefeuilles et inséra ensuite sa carte de crédit dans le dispositif prévu à cet effet. Il entra son mot de passe et, quelques secondes plus tard, un bip sonore confirma la transaction bancaire.

  • Voulez-vous qu’un de nos employés passe chez vous pour s’occuper de l’installation ? demanda la jeune femme.
  • Non merci. C’est très gentil à vous mais je saurai me débrouiller, répondit Prestige en remettant son carte bancaire et son portefeuille dans sa poche.

L’employée lui demanda d’attendre et alla chercher l’équipement dont il avait besoin. Elle revint quelques minutes plus tard avec une boite en carton dans les mains. Cette dernière contenait le box internet et ses différents connectiques. Elle la mit dans un sac en plastique et lui donna le tout.

  • Voici votre modem, lui dit-elle en lui tendant le sac.
  • Merci beaucoup. Passez une bonne journée, rétorqua-t-il en récupérant sa propriété.
  • Merci, à vous de même.
  • Merci !

Prestige prit la direction de la porte et quitta le bâtiment. Maintenant qu’il avait fini avec ça, il ne lui restait plus qu’à aller acheter sa console de jeux. Le jeune homme remonta dans sa voiture et plaça le sac en plastique sur la banquette arrière. Il mit ensuite le contact et se dirigea vers le centre commercial le plus proche.

Le grand frère de Martine gara son véhicule sur le parking du supermarché puis descendit et rentra à l’intérieur du bâtiment. Il attrapa un caddie et prit la direction du rayon des appareils électroniques. Il trouva ce qu’il voulait, attrapa le carton contenant la console, et le mit dans son chariot. Le jeune homme alla ensuite en direction de la caisse mais il aperçut une meilleure offre sur son chemin. Une console de salon avec plusieurs jeux offerts. Il ne pouvait pas rater cela. Prestige saisit donc celle qui était dans son caddie et alla la remettre à sa place. Alors qu’il était en chemin pour retrouver son caddie, il remarqua une femme à coté de cette dernière. Celle-ci semblait être à la recherche de quelque chose. Ne voulant pas absolument pas lui venir en aide, il passa juste sa route. Cependant, lorsqu’il se retrouva à son niveau, cette dernière l’interpela.

  • Excusez-moi ! dit-elle.
  • Pourquoi, qu’est-ce que j’ai fait ? répondit brusquement le jeune homme.
  • Quoi ? s’exclama-t-elle, étonnée de la réaction du grand frère de Martine.

Cette femme qui semblait être dans la quarantaine s’arrêta brusquement de parler, regarda Prestige d’un drôle d’air pendant quelques instants, puis repartit de plus belle.

  • Pouvez-vous m’aider ? demanda-t-elle cette fois-ci.
  • Je ne pourrais certainement pas savoir. Je ne sais pas ce que vous voulez, répondit-il.

La dame le fixa de nouveau avec un drôle de regard. De son coté, Pascal trouvait ces réactions hilarantes.

  • Où gardez-vous les recourbe-cils ? l’interrogea-t-elle encore.

En entendant sa question, le jeune homme comprit immédiatement qu’elle le prenait pour un des employés du magasin. Cela l’outra et il décida donc de continuer à jouer avec elle.

  • Je ne les garde nulle part, lui dit Prestige.
  • Si, vous les avez. Je les ai vus avant, rétorqua la femme en haussant légèrement la voix.
  • Je ne suis certain que non. Je n’en ai jamais possédé aucun. Mes cils se courbent d’eux-mêmes et je suis plus que content de la courbure de mes cils.

La dame n’en croyait pas ses oreilles. Les réponses de l’employé qui se trouvait devant ses yeux n’avaient aucun sens, ce qui commençait à lui taper sur les nerfs.

  • Hum ? Quoi ? Non, idiot, je veux dire dans le magasin. Où gardez-vous vos recourbe-cils dans ce magasin ? demanda-t-elle à nouveau en haussant un peu plus la voix.

La dame venait de l’insulter, ce qui le poussa à jouer un peu plus avec elle. Cette dernière ne savait pas à quel point le jeune homme devant ses yeux pouvait être irritant quand il le voulait.

  • Je n’en ai aucune idée, rétorqua-t-il cette fois-ci.
  • Pourquoi pas ?
  • Je vous renvoie à ma précédente réponse. Je n’en utilise jamais.

En plus de donner des réponses sans queue ni tête, le jeune homme arborait également un visage inexpressif. La dame finit par se mettre en colère et hurla sur lui, ce qui était une nouvelle erreur de sa part.

  • Aaah ! Essaies-tu d’être stupide ? cria-t-elle.
  • Non, c’est sans effort, répondit Prestige.
  • C’est insensé ! Vas-tu te décider à me dire où sont les recourbe-cils, ou préférais-tu que je parle avec ton manager ? rétorqua la dame en colère.

Cette fois-ci, elle le menaçait d’en parler à son manager qui n’était pas son manager, mais comment pouvait-elle le savoir ?

  • Je dirais aucun des deux mais si j’avais le choix, j’opterais pour la seconde option.
  • Quoi ? Tu veux que je parle à ton supérieur ? questionna-t-elle cette fois-ci, surprise de la réponse du jeune homme.
  • Non.

La dame était complètement confuse. Elle commençait même à se demander si Prestige ne souffrait pas d’une quelconque maladie mentale.

  • Tu viens de dire que tu le ferai, rétorqua-t-elle en secouant la tête.
  • Non, je ne l’ai pas dit. Vous m’avez demandé laquelle des options je préférais. Si on m’offrait un examen rectal ou un gifle en en plein visage, je ne voudrais aucun des deux mais je préférais le second comparé au premier. Vous voyez comment ça fonctionne ?

La femme resta silencieuse pendant de très longues secondes. Sa bouche était ouverte et son expression faciale traduisait un mélange de confusion et de colère.

  • C’est ridicule ! hurla-t-elle de nouveau.
  • Je suis complètement d’accord, rajouta Prestige.

Elle n’en pouvait plus. Il fallait que cela s’arrêter, et le seul moyen pour elle d’y parvenir était d’en parler au supérieur du jeune homme.

  • Où est ton manager ? demanda-t-elle.
  • Je n’en suis pas certain mais si je devais deviner, je dirais chez lui avec sa famille, répondit-il.
  • Aaah ! Tu es stupide ! Qui te supervise ici dans le magasin en ce moment ? questionna-t-elle en frappant le sol deux fois avec son pied.
  • Personne, dit Pascal.
  • Quoi ? Comment ça ? s’étonna-t-elle.
  • Parce que je n’ai pas besoin d’être supervisé. D’ailleurs, je n’ai plus eu besoin de supervision dans un magasin depuis l’âge de neuf ans, répondit-il.
  • Oh mon Dieu, c’est comme parler à un mur !!

Le grand frère de Martine pensait qu’elle ne pouvait pas être plus proche de la vérité. Si elle ne l’avait pas interpelé, tout ceci ne serait jamais produit. Il serait tranquillement parti à la caisse et elle ne serait pas sur le point d’avoir une crise de nerf.

  • Pourquoi ne m’aides-tu pas ? demanda-t-elle de nouveau.
  • Pourquoi le ferais-je ? rétorqua le jeune homme avec le même visage inexpressif.

Au fond de lui Prestige voulait rire, mais cela n’aurait pas été correct. Il devait rester professionnel pour cette cliente en détresse.

  • Tu travailles ici, n’est-ce pas ?

La phrase qu’elle aurait du prononcer depuis le début de leur conversation sortit enfin de sa bouche.

  • Non.
  • Pourquoi ne l’as-tu pas dit ? hurla-t-elle à plein poumon cette fois-ci.
  • Vous ne m’avez pas demandé, jusqu’à présent, répondit-il encore.
  • Espèce d’idiot !!!

Les hurlements de la femme avaient attiré l’attention d’un des managers du magasin dans lequel les deux se trouvaient. Ce dernier vint donc à leur rencontre pour voir ce qui se passe.

  • Madame, parlez doucement et arrêtez avec vos jurons. Il y a des enfants dans le magasin, dit l’homme une fois en leur présence.

Contrairement à Prestige, l’homme portait un gilet vert fluo pardessus ces vêtements. Si cette femme avait été beaucoup plus attentive, elle aurait remarqué que tous les employés de la boutique possédaient cela.

  • Qu’est-ce qui se passe monsieur ? demanda le manager en regardant Pascal.
  • Je n’en suis pas vraiment certain. Cette femme était désagréable envers un autre client puis elle s’est approchée de moi et a commencé à m’interroger sur mes habitudes de soins personnelles. N’étant pas satisfaite de mes réponses, elle a commencé à me crier dessus, répondit le jeune homme.

En écoutant cela, le manager se retrouva vers la femme et la regarda d’un air accusateur, ce qui provoqua le léger sourire chez le frère de Martine. Elle le vit et se remit à crier.

  • Non, c’est pas vrai putain ! Je criais parce que je pensais qu’il travaillait ici, rétorqua-t-elle.
  • Madame, je vous ai déjà dit de baisser le ton de votre voix. Qu’il soit un de nos employés ou pas, vous ne pouvez pas parler de la sorte. Vous ne pouvez pas vous en prendre aux clients. Nous avons un règlement stricte concernant les abus envers les membres du personnel. Nous ne tolérons pas cela, déclara le manager avec fermeté.
  • Ce n’est pas ma faute. C’est un putain d’idiot. S’il avait…
  • S’il-vous-plait. Arrêtez de crier, interrompit le manager.

Voyant que la dame ne voulait pas stopper, l’homme attrapa le talkiewalkie qui était accroché à sa ceinture et appela les membres de la sécurité. Ceux-ci arrivèrent moins d’une minute plus tard et saisirent la femme par les bras. Cette dernière se débattit tout en insultant tout le monde mais c’était peine perdue. Les deux hommes l’escortèrent dehors et le calme revint dans le magasin.

  • Vous allez bien monsieur ? demanda la manager à Prestige.
  • Oui, je vais bien merci. Dire que j’étais juste venu acheter une console de jeu et je tombe sur ce genre de personnes. Ce monde est vraiment particulier, répondit-il.
  • Je m’excuse que vous ayez du vivre cela, dit de nouveau l’employé.
  • Ne vous en faites pas pour ça. Ce sont des choses qui arrivent. Merci encore pour votre intervention.
  • Je n’ai fait que mon travail monsieur.

Le manager retourna à son poste tandis que Pascal partit en direction de la console qu’il désirait tant. Il attrapa le carton et le mit dans son chariot qui était toujours à l’endroit où il l’avait laissé puis alla à la caisse. Il paya le prix de l’article et retourna à sa voiture. Là, il se mit à éclater de rire. Jamais il n’aurait pensé se retrouver dans ce genre de situation un jour. Il était impatient de le raconter à sa petite sœur. Le jeune homme plaça son appareil juste à côté de sa box internet, monta dans le véhicule, et retourna chez lui.

A suivre !!!

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