S01 EP02

JESSABIEL

~*~

Gadriel était désormais confortablement assis sur un siège incliné dans une pièce totalement blanche et dépourvue de porte. Soudainement, tout autour de lui devint noir et une figure hologramme de couleur verte fut ensuite son apparition. Il s’agissait cette fois-ci d’un jeune garçon qui avait à peu près la même taille que lui, mais disposait d’un physique moins chétif. Ce dernier salua Gadriel avant de lui faire remarquer qu’il avait encore des traces de sang sur le nez.

– Tu devrais faire plus attention à ton entourage la prochaine fois, poursuivit-il.

– Bonsoir, Kyon. Je vais très bien, merci. Et oui, je serai plus prudent la prochaine fois.

– Excellente décision. Sinon, quel ouvrage aimerais-tu consulter aujourd’hui ? Quelque chose en rapport avec les dragons je suppose ?

Au même moment, tous les travaux et écrits contenus dans la base de données du temple défilèrent devant les yeux de Gadriel. Dans ce monde numérique dont Kyon était le maître suprême, le jeune garçon n’avait qu’à choisir pour avoir un accès immédiat à ce qu’il voulait.

– J’aimerais voir l’histoire sur la défaite du culte de l’Empereur Dragon, rétorqua Gadriel.

– Choix intéressant et prévisible.

Un point blanc apparut en dessous des pieds de Kyon avant de s’agrandir progressivement tout en prenant divers couleurs. À mesure que cela s’étendait à toute cette pièce sombre et plus cela donnait l’impression que les deux faisaient une chute libre. Peu de temps après, Gadriel et l’intelligence artificielle se retrouvèrent au milieu d’un champ de bataille avec d’un côté un nombre important de Célestes en armure accompagnés de plusieurs dragons de divers couleurs, et de l’autre un groupe composé d’une vingtaine de dragons blancs tous de la taille d’un bâtiment de trente étages.

– Comme tu le sais sans doute déjà, l’affrontement final entre les forces armées Célestes et les membres du culte de l’Empereur Dragon se déroula sur Draegen, le monde natif de la race des dragons. Ce fut une bataille qui se déroula sur plusieurs centaines de jours et qui impliqua plusieurs clans draegeniques, ceux étant pour le retour de l’Empereur contre ceux ne l’étant pas.

– Je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’il a de si spécial cet Empereur pour causer un conflit de cette ampleur ? demanda Gadriel tandis que les deux armées fonçaient l’une sur l’autre.

– J’aimerais te répondre dans les moindres détails, mais je ne possède que des brins d’information. Mais selon les données que je possède, l’Empereur Dragon serait un être de légende, une figure dotée d’immenses pouvoirs de destruction qui aurait vécu avant le début de notre univers.

– Avant le début de notre univers ? Ce n’est pas un peu exagéré ? Je veux dire, notre univers est très vieux, mais du genre des centaines de milliards de cycles vieux. Personne ne peut être plus vieux que ça, n’est-ce pas ?

Kyon répondit alors qu’il n’en savait strictement rien. Selon lui, la vie telle qu’il la connaissait n’aurait même pas pu exister à cette période vu qu’il n’avait sûrement rien eu avant leur univers.

– Comme je te l’ai dit, c’est un être de légende, poursuivit-il.

– Tu as sans doute raison. Mais tout de même, une bataille aussi sanglante à cause d’une simple légende. Pourquoi ? Pourquoi en arriver là ? questionna Gadriel, dubitatif.

À cet instant, le jeune garçon observa un des dragons blancs ouvrir grandement sa bouche et laisser échapper une immense colonne de flamme qui réduisit en cendres bon nombre de soldats Célestes.

– Peut-être pour obtenir les pouvoirs de l’Empereur Dragon. Selon la légende, ses pouvoirs seraient de nature apocalyptique. Quiconque mettrait la main dessus deviendrait sans aucun doute une force pratiquement inarrêtable.

– Pratiquement ?

– Oui. Les écrits continuent et selon eux, l’Empereur Dragon aurait été banni dans une dimension très lointaine de la nôtre, une dimension de laquelle il chercherait une porte de sortie. Cela veut donc dire…

– Qu’il y aurait quelqu’un ou quelque chose qui soit plus puissant que lui, rétorqua Gadriel en interrompant brusquement son interlocuteur. Sait-on de quoi ou de qui il s’agit exactement ?

– Non, malheureusement. Aucune information n’est disponible sur le sujet.

Gadriel fut quelque peu déçu lorsqu’il apprit cela. Il aurait tellement voulu connaître la nature de l’objet ou de l’entité qui avait réussi à exiler cet être de légende. Le jeune garçon continua donc d’observer la bataille, entama successivement de nombreuses sessions de questions-réponses avec Kyon. D’ailleurs, Gadriel fut tellement absorbé par ce qu’il voyait qu’il ne se rendit pas compte du temps qu’il faisait. Ce fut uniquement lorsque tout se figea autour de lui et que son interlocuteur mentionna l’heure qu’il faisait qu’il s’aperçût qu’il était temps de rentrer chez lui.

L’environnement autour de Gadriel redevint complètement noir avant que la pièce ne reprenne sa couleur blanche d’origine. Le jeune garçon se leva ensuite de son siège tandis qu’une ouverture faisait brusquement son apparition.

– Je crois que je vais y aller maintenant.

– Ce serait judicieux en effet. Tu ne voudrais pas manquer la conjonction.

Même s’il n’était pas vraiment excité l’idée d’assister à cet évènement, Gadriel afficha néanmoins une expression prouvant le contraire. Il finit par quitter la pièce, exprimant à Kyon son désir de poursuivre leur conversation sur l’Empereur Dragon lors de sa prochaine séance avant de lui souhaiter de passer une excellente soirée.

– Je suis impatient de poursuivre cette conversation avec toi, Gadriel. Bonne soirée à toi aussi.

Sur le chemin le conduisant vers la sortie, Gadriel profita de l’occasion pour échanger des formalités avec les jumelles Estria et Iria, leur promettant également de venir les revoir le jour suivant.

—–*—–

Lorsque le jeune garçon mit les pieds à l’extérieur du temple, il constata immédiatement que le nombre de personnes se trouvant dehors avait drastiquement augmenté. Tous avaient les yeux rivés vers le ciel et n’attendaient qu’une seule chose : le début de la conjonction. Tandis qu’il se dirigeait vers son domicile, le visage attristé par l’absence de sa mère, Gadriel avait l’impression que toute la population d’Exoduus était sortie dans les rues afin d’assister à l’évènement. Cela le plongea un peu plus dans sa peine, pensant à la dernière fois où il avait regardé le phénomène en compagnie de cette femme.

Pendant que Gadriel était complètement absorbé par ses pensées, ce dernier passa à côté d’une jeune fille brune aux yeux verts émeraude qui l’observa avec une certaine attention. Celle-ci essaya alors de l’interpeller avec un geste de la main, mais elle ne parvint pas à se faire remarquer. Ce ne fut que lorsqu’elle mentionna son nom tout en touchant son épaule que le jeune garçon prit conscience de sa présence.

– Jessabiel ! Tu m’as fait une de ces peurs, s’exclama Gadriel après avoir légèrement sursauté de peur.

– Je t’ai fait signe tout à l’heure, mais tu m’as complètement ignorée. C’est pas gentil de faire ça, Gadriel.

– Je suis désolé, Jessabiel. J’étais absorbé par mes pensées.

– J’avais remarqué.

Pour Gadriel, il était clair que Jessabiel était quelque peu en colère contre lui, et comment ne pas l’être ? Comme elle l’avait si bien dit, il l’avait ignorée alors qu’elle avait essayé d’obtenir son attention. Cependant, au même où il s’apprêtait à s’excuser pour la seconde fois, celle-ci lui demanda brusquement s’il était également venu assister à la conjonction.

– Non, pas vraiment. En fait, je reviens du temple et là, je rentre à la maison, répondit-il.

– Je vois. Dis, ça te dirait pas d’assister à ça avec moi ?

– Euh ! Je ne sais pas vraiment. À vrai dire…

– Allez ! S’il te plaît !

À ce moment, Jessabiel approcha son visage si près de celui de Gadriel que ce dernier ne put s’empêcher de rougir en plus d’être pris au dépourvu. Il finit donc par céder et accepter sa proposition.

– Genial ! J’ai trouvé un bon coin où on pourra tranquillement observer la conjonction, rétorqua-t-elle joyeusement.

Jessabiel attrapa la main de Gadriel et l’entraîna vers un lieu dont elle seule connaissait l’emplacement. Durant leur trajet, le jeune garçon lui dit soudainement d’attendre avant de lui demander si l’autre serait également présent.

– L’autre ?! Tu parles de Reigns ?

– Oui, lui.

– Je pense pas. Je sais pas où mon frère se trouve en ce moment.

– Tant mieux alors. On n’a pas besoin de lui dans les parages.

En entendant le commentaire de Gadriel, Jessabiel ne put s’empêcher d’esquisser un léger sourire et lui dit ensuite qu’elle espérait que son frère et lui finiraient par s’entendre un jour.

– C’est impossible. Je ne pourrais jamais le voir en peinture.

– Tu exagères, Gadriel. Je suis sûre que si vous prenez tous les deux le temps de discuter, vous finiriez par vous trouver des points communs.

– Des points communs avec lui ? Je ne pense pas que ce genre de choses puissent exister.

– Dommage. Reigns est pourtant une personne très touchante dans le fond.

Gadriel douta énormément des propos de Jessabiel. Pour lui, il n’y avait aucun moyen pour que cela soit vrai. Ce n’était en aucun cas le Reigns qu’il connaissait. Il se dit donc qu’il devait sûrement afficher une autre version de lui quand il était en présence de sa sœur.

Après près d’une dizaine de minutes de marche, Gadriel et Jessabiel arrivèrent tous les deux devant une sorte de parc où de nombreuses personnes se trouvaient d’ores et déjà. La plupart d’entre eux étaient assis sur le sol et tous attendaient avec impatience le début de la conjonction.

– Y a une place là-bas où on peut s’asseoir. Allez, viens !

Une fois de plus, le jeune garçon se laissa entraîner et Jessabiel et lui finirent tous les deux assis sous un arbre. Pendant qu’ils attendaient, Gadriel ne put s’empêcher de regarder discrètement du coin de l’oeil la jeune fille. Il la trouvait tellement belle. Jessabiel tourna brusquement le regard dans sa direction, ce qui le força à détourner le sien. En voyant sa réaction, elle esquissa un léger sourire et se rapprocha un peu plus de lui.

De son côté, Gadriel était quelque peu mal à l’aise, d’autant plus qu’elle était désormais beaucoup plus proche. Il avait les mains moites et son coeur commençait à battre à un rythme effréné, mais surtout il se demandait ce que son geste signifiait. Est-ce que cela voulait dire qu’elle éprouvait quelque chose pour lui ? Et si oui, est-ce que c’était la même chose qu’il ressentait pour elle ? Il n’en était pas sûr et savait qu’il devait lui poser la question s’il voulait en être certain. Gadriel prit donc son courage à deux mains et se lança.

– Dis, Jessabiel, est-ce que tu…

– Gadriel, regarde ! s’exclama-t-elle brusquement en pointant le ciel du doigt.

Lorsque le jeune garçon leva ses yeux vers le ciel dégagé d’Exoduus, il vit les anneaux de Géoshia se manifester. Il s’en suivit alors l’apparition d’une aurore boréale dont les couleurs oscillaient en permanence. Et avec les gamals qui volaient toujours en direction de l’horizon, cela donnait lieu à un magnifique paysage d’une beauté incommensurable.

– Waouh ! C’est tellement beau, rétorqua Jessabiel.

– Oui, ça l’est.

Regardant de nouveau la jeune fille du coin de l’oeil, Gadriel s’aperçut qu’elle était complètement absorbée par ce qu’elle regardait. Ses yeux brillaient tellement devant ce phénomène provoqué par la conjonction qu’elle donnait l’impression que c’était la première fois qu’elle assistait à ça. Au même moment, cela lui rappela également la toute première fois quand il avait été témoin de ça avec sa mère, ce qui lui rappela inexorablement qu’elle n’était plus présente.

– Dis, Jessabiel, tu penses que lorsqu’on aime vraiment une personne, on l’abandonne derrière soi ?

– Pourquoi tu me poses cette question ? répondit-elle, surprise.

– Non, oublie ce que je viens de dire ! C’était très déplacé de ma part de te demander ce genre de choses à un moment pareil.

Gadriel tenta tant bien que mal de ne rien laisser transparaître, mais la question qu’il venait de poser attisa la curiosité de Jessabiel qui lui demanda juste après ce qui n’allait pas.

– Gadriel, si quelque chose ne va pas, dis-le-moi s’il te plaît, poursuivit-elle.

– Tout va bien, Jessabiel.

La jeune fille ne croyait absolument pas à ce que venait de lui dire Gadriel, d’autant plus qu’elle pouvait clairement voir que le sourire qu’il affichait était complètement faux. Elle s’approchait donc un peu plus de lui et le regarda droit dans les yeux.

– Gadriel, dis-moi ce qui ne va pas. Je vois très bien que quelque chose te tracasse. Ne suis-je pas ton amie ? Tu sais que tu peux avoir confiance en moi, n’est-ce pas ?

Devant le regard sérieux et l’insistance de Jessabiel, le jeune garçon n’eut nul autre choix que de lui dire ce qui lui traversait l’esprit depuis son retour de Fjore. Il lui raconta alors tout, de la disparition de sa mère à ses visites quotidiennes au département de recherche des portés disparut des forces de l’ordre d’Exoduus.

– Oh ! Gadriel… Je… je ne sais vraiment pas quoi dire. C’est pour ça que tu m’as posé cette question tout à l’heure ? Tu penses que ta mère t’a abandonné ?

Face à ses questions, le jeune garçon garda le silence. Au plus profond de lui, il savait très bien que sa mère n’aurait jamais pu faire une chose pareille, mais les paroles de cet agent des forces de l’ordre avaient semé le doute dans son esprit.

– Gadriel…

– Je n’en sais rien, Jessabiel. Je n’en sais strictement rien. Je sais même plus quoi penser de tout ça. Entre ce que cet agent m’a dit et…

– Oh mon Dieu ! Il est quelle heure ? demanda brusquement Jessabiel prise de panique.

Gadriel la lui indiqua alors, ce qui renforça le sentiment d’inquiétude de la jeune fille. Au même moment, une personne au loin se mit à hurler son nom. L’expression de Gadriel devint beaucoup plus sévère alors qu’il reconnaissait à qui appartenait la voix qui ne faisait que crier le nom de Jessabiel. Le jeune garçon se demanda ce qui faisait à proximité, mais surtout comment il avait su qu’ils se trouvaient dans les parages. Se pourrait-il qu’il suive sa sœur ?

– Reigns ! Nous sommes ici, s’exclama la jeune fille.

À mesure que le frère de Jessabiel s’approchait d’eux, et plus l’expression de Gadriel devenait de plus en plus sévère. Il n’avait clairement pas envie de se retrouver à proximité de lui.

– Jess ! Qu’est-ce que tu fous dehors avec lui à une heure pareille ? questionna Reigns au moment où il arriva auprès d’eux.

– Tu sais, le « lui » a un nom.

Reigns ignora complètement Gadriel et continua de s’adresser à sa sœur, poussant alors le jeune garçon à dire qu’un inculte comme lui ne savait toujours pas ce qu’était la politesse.

– Qu’est-ce qu’elle vient de dire la brindille ?

Le frère de Jessabiel qui était physiquement plus imposant que Gadriel s’approcha de lui, bien déterminé à s’en prendre à lui. Cependant, c’était sans compter l’intervention de la jeune fille qui se mit entre les deux garçons, empêchant ainsi le pire de se produire.

– Ça suffit tous les deux !

– Jess, je pensais que tu serais de mon côté et non de celui de ce microbe.

– Si je suis un microbe, alors comment devrais-je appeler une personne moins intelligente que moi ?

– J’ai dit, ça suffit !…

Parce qu’elle avait cette fois-ci haussé le ton, le trio attira l’attention d’autres personnes se trouvant à proximité d’eux.

– Regardez ce que vous avez provoqué. Tout le monde a maintenant les yeux braqués sur nous, poursuivit Jessabiel.

– Il faut dire que c’est parce que tu hurles, Jess.

– Reigns, ne m’énerve pas. D’ailleurs, tu fous quoi ici ?

– Je suis venu te chercher, car ta présence est requise auprès de Père.

– Tu peux avancer. Je te rejoindrai dans quelques minutes.

– Jess, Père n’aime…

– Reigns, je t’ai dit d’avancer.

C’était la première fois que Gadriel voyait la jeune fille se comporter de la sorte, ce qui l’étonna énormément, mais l’effraya également. Toutefois, il était content de voir qu’elle s’en prenait à son propre frère, il méritait amplement. Et parce qu’il était satisfait par la tournure que prenait la conversation et aussi parce qu’elle faisait directement face à Reigns, le jeune garçon ne remarqua pas le léger changement dans la couleur des yeux de Jessabiel, sa pupille devant soudainement rouge. De son côté, Reigns n’eut d’autre choix que d’obéir à sa sœur. Il s’éloigna donc d’elle et de Gadriel, mais pas sans lancer une dernière menace à l’encontre du jeune garçon.

– Tu ne paies rien pour attendre, microbe.

– Ouais, c’est ça.

Dès que Reigns fut suffisamment loin, Jessabiel s’excusa auprès de Gadriel pour ce qui venait de se produire.

– Tu n’as pas à t’excuser. Ton frère est juste un co…une personne qui aime chercher les ennuis.

– Je pourrai dire la même chose de toi.

– Mais je n’ai rien fait.

– Dit-il. Quoi qu’il en soit, pour revenir à ce dont nous parlions avant l’arrivée de mon frère, je suis certaine que ta mère ne t’a pas abandonné. Aucun parent ne ferait consciemment une chose pareille. D’ailleurs, je suis sûre qu’elle ne va pas tarder à rentrer. Qui sait, peut-être que tu la verras à ton réveil demain matin.

– J’en doute fort. Ça fait déjà plusieurs semaines et elle n’est toujours pas de retour.

– Gadriel, il faut que tu arrêtes d’être aussi pessimiste. Rien de bon n’arrivera si tu continues de penser ainsi.

– Ce n’est pas facile, Jessabiel. Quand cet agent m’a dit…

À ce moment, la jeune fille s’approcha soudainement de Gadriel, attrapa ses deux mains, et le regarda droit dans les yeux. Ce dernier ne put alors pas s’empêcher de rougir, pensant qu’elle était beaucoup trop proche.

– Gadriel, ce que cet agent a pu te dire n’a aucune importance. Une mère n’abandonnerait jamais son enfant. Je suis sûre qu’elle reviendra dans peu de temps, fais-moi confiance. Et si elle n’est pas chez toi demain matin, je te promets de t’accompagner à Fjore et j’irai moi-même engueuler ce fameux agent des forces de l’ordre.

Les paroles de Jessabiel remontèrent le moral de Gadriel qui se dit qu’elle avait tout à fait. Il n’y avait aucun moyen que sa mère puisse volontairement l’abandonner. Ce n’était pas dans le comportement de la femme qui l’avait élevé de faire une chose pareille.

– Merci beaucoup, Jessabiel. Merci pour ton soutien.

– Tu n’as pas à me remercier. Les amis sont faits pour ça.

De la même façon dont elle avait saisi ses mains, Jessabiel les lâcha avant d’annoncer à Gadriel qu’il était temps pour elle de rentrer chez moi, ajoutant par la même occasion que Reigns l’attendait toujours.

– Je comprends. Ton père te fait appel.

– Oui. Et il n’aime pas patienter. On se voit donc demain. Tu me diras si ta mère est revenue. Bonne soirée, Gadriel ! rétorqua-t-elle en courant vers son frère.

– Bonne soirée, Jessa…biel !

À mesure qu’elle s’éloignait d’elle et plus le jeune garçon replongeait dans une monotonie marquée par un profond sentiment de manque. Il réalisa qu’il venait de manquer une opportunité de dire à Jessabiel ce qu’il éprouvait pour elle et savait également qu’il y avait très peu de chances qu’il trouve sa mère en rentrant chez lui. Cependant, il croyait en ce qu’elle lui avait dit et garda donc espoir. Ce fut donc avec ses dires en tête que Gadriel quitta le parc quelques minutes plus tard et rentra chez lui.

—–*—–

Après plusieurs dizaines de minutes de marche, Gadriel arriva finalement devant son domicile et, pendant un long moment, il resta debout devant celle-ci à observer les fenêtres. À ce moment, les paroles de Jessabiel lui revinrent en tête et il s’imagina trouver sa mère en train de préparer le dîner au moment où il franchirait le pas de la porte. Ce fut donc plein d’espoir que le jeune garçon se précipita vers l’entrée dans sa maison.

– Mère, êtes-vous là ? questionna-t-il, le visage enjoué.

Malheureusement, Gadriel n’obtint pas la réponse qu’il espérait et fut accueilli par Eve qui lui dit qu’ils n’étaient que tous les deux dans la maison arbre. À cet instant, le visage enjoué du jeune garçon disparut pour laisser place à une expression témoignant du triste retour à la réalité qu’il subissait.

– Je vois.

En entendant le ton de sa voix, Eve comprit à quel point Gadriel était dévasté par la réponse qu’elle lui avait donnée. Elle ne savait pas ce qu’il avait traversé au courant de la journée, mais sa réaction lui disait qu’il s’attendit vraiment à revoir sa mère en rentrant. Elle se matérialisa alors devant lui dans l’optique d’essayer de lui remonter le moral, mais au moment où elle s’apprêtait à lui adresser la parole, ce dernier l’interrompit brusquement.

– Si tu veux bien, Eve, je pense que je vais aller me coucher, dit-il en passant à côté d’elle.

Incapable de dire quoi que ce soit, la jeune femme observa Gadriel monter les marches d’escalier et se rendre dans sa chambre où il se coucha sur son lit et se mit à pleurer. Ne supportant pas de le voir dans cet état, Eve voulut aller le réconforter, mais elle disparut brusquement et la maison soudainement dans l’obscurité. Le jeune garçon, qui n’avait absolument pas remarqué le changement dans son domicile, continua de sangloter avant de finalement s’endormir près d’une dizaine de minutes plus tard.

A suivre !!!

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