Partie 01 Acte 02

Pascal et sa petite sœur Martine se trouvaient de nouveau dans leur véhicule et faisaient tous les deux route vers le centre-ville. Bien que la musique du jeune homme retentissait une fois de plus dans toute la cabine, aucun des deux ne semblait y prêter attention. À vrai dire, leurs yeux étaient intensément fixés sur les bas-côtés de la route 40, un peu comme s’ils analysaient ses moindres détails. Cela venait du fait que des caméras de surveillance s’affichaient à intervalle régulier de part et d’autre du trajet. C’était la toute première fois qu’ils voyaient ce genre de choses.

  • D’après toi, elles servent à quoi toutes ces caméras ? demanda Crystal, curieuse.
  • Je n’en ai absolument aucune idée, répondit-il.
  • C’est tout de même bizarre d’en voir autant sur une route, ajouta-t-elle.
  • Je confirme.

Une autre chose qui attira l’attention du duo fut le manque complet de véhicules sur la route. Cela faisait quelques minutes qu’ils avaient quitté leur nouveau domicile, mais n’avaient croisé aucune autre voiture sur leur trajet.

  • En plus, depuis là nous n’avons croisé aucun autre véhicule, dit la demoiselle.
  • J’admets que c’est bizarre. Peut-être qu’il y a une sorte de regroupement en ville ou un truc du genre.
  • Tu as sûrement raison.

Le frère et la sœur poursuivirent leur trajet et, une quarantaine de minutes plus tard, arrivèrent dans le centre-ville de Vormer City.

L’endroit était très animé et bondé de monde. Dans un tel environnement, ces deux jeunes gens auraient normalement dû passer inaperçus. Cependant, ce ne fut absolument pas le cas. En effet, alors qu’ils circulaient tranquillement dans une des rues, ils constatèrent qu’une très grande partie des usagers avaient les yeux braqués sur eux, ce qu’ils trouvèrent plutôt étrange. C’était la première fois qu’ils vivaient tous les deux une chose pareille.

  • C’est quoi leur problème à tous nous fixer ainsi ? questionna Crystal, intriguée.

Son grand frère ne lui répondit pas immédiatement et profita du fait qu’ils étaient à l’arrêt à un feu de signalisation pour regarder tout autour d’eux. Ce fut à ce moment qu’il remarqua que certains d’entre eux ne se contentaient pas de les observer, il y en avait également qui faisait des captures vidéo de leur voiture.

  • Pour l’instant, ne nous préoccupons pas d’eux. Si nous sommes venus ici, c’est pour une tache bien précise. Aussi, je ne peux plus attendre, rétorqua-t-il finalement.

Juste après qu’il lui ait donné sa réponse, l’estomac de Pascal se mit à gargouiller. Sachant qu’il n’allait pas pouvoir tenir bien longtemps, le jeune homme utilisa la navigation de bord de sa voiture pour trouver le fast-food le plus proche de leur position. Une chance pour lui, il y en avait un à moins de quatre cents mètres. Par conséquent, lorsque le feu passa au vert, il mit immédiatement le cap vers ce dernier.

Le jeune homme et sa petite sœur arrivèrent finalement au fast-food. Alors que les deux patientaient dans la file d’attente, Crystal profita de l’occasion pour lui parler à nouveau de ce qu’il venait d’expérimenter.

  • La manière dont ces gens nous ont regardés me travaille encore. C’est comme s’ils avaient des extraterrestres ou un truc du genre. Dans quel genre d’endroit tu nous as amenés, Pascal ? rétorqua-t-elle.
  • Je t’ai déjà dit de ne pas te préoccuper de ça. Tant que je serais présent, rien de grave ne t’arrivera, déclara le jeune homme en attrapant son ventre.
  • Comme si tu pouvais le faire. Je te rappelle que tu ne t’es jamais battu de toute ta vie, dit la demoiselle sur un ton sarcastique.
  • Tout simplement parce que je n’ai jamais eu à faire face à un conflit. Tout s’est toujours bien déroulé dans ma petite existence. Quoi qu’il en soit, en tant que grand frère, mon devoir est de te protéger et de t’emmerder par la même occasion.
  • Ah ! Ah ! Très drôle !

Au bout de plusieurs minutes d’attente, ce fut finalement au tour du duo de passer leurs commandes. Une fois cela fait, le jeune homme et sa petite sœur furent invités à avancer leur véhicule.

Arrivés quelques mètres plus loin, un des employés du fast-food se présenta à eux. Prestige sortit sa carte bancaire de son portefeuille et la lui donna. Ce dernier effectua la transaction quelques instants plus tard et la lui rendit, en même temps que sa facture. Peu de temps après, le même employé remit leurs commandes au frère et à la sœur.

  • Merci beaucoup. Passez une bonne journée, déclara Prestige en attrapant leurs sacs en papier et leurs boissons.
  • Merci, pareillement.

Pascal avança sa voiture et alla se garer sur le parking du restaurant. À peine venait-il de stationner sa Cadillac, que le jeune homme se jeta sur sa nourriture.

  • Du calme ! Ta bouffe ne va pas fuir, rétorqua Martine en le voyant.
  • Si tu savais à quel point j’ai faim, répondit-il.
  • Je pense avoir une idée. Je dis juste que tu devrais y aller doucement.

Alors qu’il fouillait dans son sac, le jeune homme se rendit compte qu’ils avaient oublié d’y mettre une paille pour sa boisson. Il se plaignit immédiatement après, ce que sa petite sœur trouva comme réaction exagérée.

  • Tu peux prendre la mienne si tu veux, proposa-t-elle.
  • Non, c’est bon. Je vais me débrouiller, dit-il.

Le jeune homme passa donc à autre chose et attrapa la boite en carton qui contenait son hamburger. Cependant, une erreur de manipulation fit en sorte qu’une partie de celui-ci tombe sur ses vêtements et sur le tapis de sa voiture.

  • Merde ! s’exclama-t-il en voyant ce qu’il venait de provoquer.
  • Bien fait pour toi. Ça t’apprendra à être aussi pressé, dit la jeune femme.

Pascal lui lança un regard dans lequel on pouvait clairement distinguer des envies de meurtre, ce qui calma immédiatement sa petite sœur. Après ce petit échange non verbal, il essaya de nettoyer toute la saleté qu’il avait causée.

De son côté, Martine ouvrit à son tour la petite boite en carton contenant son hamburger. Cependant, contrairement à son frère, elle parvint à le faire sans salir son siège ni ses vêtements. Les deux entamèrent alors leur nourriture dans le parking du fast-food.

  • Leur nourriture n’est pas mal, mais je préfère un véritable repas, dit-elle.

La jeune femme attrapa ensuite sa boisson qu’elle but en toute légèreté. Lorsqu’elle tourna son regard vers Prestige, elle le vit faire de même. Toutefois, quelque chose chez lui attira son attention.

  • Je croyais qu’ils avaient oublié de mettre une paille dans tes affaires, dit-elle, perplexe.
  • Il semblerait que je me sois trompé. Il y avait bel et bien une paille dans mes affaires lorsque j’ai fouillé. Elle était juste bien cachée, répondit le jeune homme.
  • Je vois.

Malgré ses dires, Martine trouvait cette situation très bizarre. Elle l’avait pourtant bien vu fouiller minutieusement son sac à la recherche de cette paille sans la trouver. Et maintenant, il la retrouvait comme par magie. Peut-être se faisait-elle des idées ? Peut-être son grand frère avait tout simplement mal fouiller ? Crystal préféra ne pas trop y penser et continua de manger son hamburger.

Alors qu’il buvait son jus pour la seconde fois, Martine eut la soudaine envie de taquiner son frère, juste pour le plaisir de le faire. Elle toucha donc son visage avec son doigt de nombreuses fois.

  • Tu fais quoi là ? lui demanda-t-il.
  • Rien. J’ai juste envie de te faire chier, répondit-elle.
  • Arrête ça, ordonna le jeune homme.
  • Sinon quoi ? rétorqua Crystal en appuyant un peu plus sur son visage.
  • Sinon je crèverai tous les pneus de ta voiture et trafiquerai son système électrique pendant que tu dors, répondit-il d’un air très sérieux.
  • Tu n’as même pas intérêt à faire ça.
  • Touche mon visage une fois de plus et tu verras de quoi je suis réellement capable.

Martine était tentée de le faire, mais, connaissant le caractère de son frère, elle savait qu’il en était capable. En plus de cela, ce dernier avait des heures de sommeil pour le moins très étranges, ce qui faisait qu’il lui était impossible de le surveiller en permanence. Elle finit par abandonner cette petite confrontation.

  • C’est bon, tu as gagné, lui dit-elle avant de retourner manger son hamburger.

Il fallut environ dix minutes à Prestige pour finir toute sa nourriture. Il rangea donc la petite boite en carton et le verre en plastique vide dans le sac, puis essuya sa bouche avec un mouchoir jetable. Quelques instants plus tard, le jeune homme démarra à nouveau son véhicule et mit le cap vers leur destination initiale.

Pascal et sa petite sœur Crystal arrivèrent finalement devant l’un des plus grands centres commerciaux de Vormer City. Après avoir trouvé une bonne place de parking, les jeunes gens descendirent de leur voiture et la verrouillèrent. Ils prirent ensuite un cadis et entrèrent dans l’énorme bâtiment de plusieurs étages.

Moins d’une minute après avoir pénétré dans l’édifice, une partie des personnes présentes tournèrent automatiquement leur regard vers le duo, ce qui commença à énerver sérieusement Crystal. Voyant que sa petite sœur était sur le point de craquer, Prestige n’eut d’autre choix que d’intervenir.

  • Calme-toi. Ce n’est pas le moment de faire un scandale, dit le jeune homme en posant la main sur son épaule.
  • Mais… ! Ça ne te dérange pas de voir ces gens nous dévisager de la sorte ? rétorqua-t-elle, frustrée.
  • Un peu, mais ce n’est pas pour autant que je vais me laisser emporter. Nous finirons par découvrir l’origine de toute cette histoire, répondit-il calmement.

La sérénité de son grand frère vis-à-vis de cette situation apaisa légèrement la jeune femme. Néanmoins, c’était un comportement qu’elle n’avait pas l’habitude de voir chez lui. Généralement, il ne présentait que deux facettes différentes de sa personnalité aux gens. Soit il était taquin, moqueur, et joyeux comme avec sa petite sœur, soit il était complètement impassible vis-à-vis de tout ce qui l’entourait. Le voir arborer une image aussi sérieuse était donc quelque chose de nouveau pour Martine.

Crystal et Prestige arrivèrent dans la partie du centre commercial qui vendait des denrées alimentaires et autres choses indispensables au quotidien. Ils se mirent donc à circuler à travers les différents rayons, prenant tout ce dont ils avaient besoin. Se rendant compte qu’un seul cadis n’allait pas suffire, le jeune homme alla en chercher un second, puis vint rejoindre sa sœur. À cause de la configuration du magasin qui leur était inconnue, il leur fallut près d’une heure pour rassembler tout ce qui était sur leur liste de course. Une fois cela fait, ils prirent la direction des caisses.

  • Bonjour ! dirent-ils tous les deux en même temps en voyant la caissière.
  • Bonjour ! répondit-elle à son tour.
  • Comment allez-vous ? continua Pascal.
  • Bien, merci. Et vous ? dit-elle.
  • Ça va super.

La jeune femme attrapa les uns à la suite des autres les articles que Prestige venait de déposer sur le tapis roulant et les scanna. Pendant ce temps, Martine qui s’était avancée pour les réceptionner les plaça dans son chariot qui était désormais vide. Pendant tout le processus de scan, la caissière n’arrêtait pas de fixer le grand frère de Crystal, ce qui commença à le mettre mal à l’aise.

  • Y a-t-il un problème ? questionna-t-il.
  • Vous êtes nouveaux en ville, n’est-ce pas ? rétorqua-t-elle.
  • En effet. Comment le savez-vous ? répondit-il, curieux.
  • C’est une petite ville. Les informations circulent très vite ici.

La réponse qu’elle lui donna ne satisfit guère le jeune homme. Il y avait en effet quelque chose qui clochait dans ses dires. La ville dans laquelle sa sœur et lui se trouvaient en ce moment occupait une superficie de plus de 1600 kilomètres carrés. En plus, elle comptait plus de deux cent mille habitants. Il n’y avait donc aucun moyen pour qu’elle puisse savoir qu’ils étaient tous les deux nouveaux dans le coin.

Alors qu’il se demandait comment cette jeune femme devant ses yeux pouvait savoir cela sur eux, Prestige se remémora tout leur trajet. Sur la route jonchée de caméras, ils n’avaient croisé aucune voiture. Au début, il avait pensé que c’était parce que les gens travaillaient en ce moment précis, mais cela n’avait aucun sens. Même durant les heures de travail, il y avait toujours des véhicules qui circulaient. Il fallait qu’il en ait le cœur net.

  • Dites-moi, à quoi servent les caméras situées sur la route menant au sommet de la montagne ? demanda-t-il.
  • Vous parlez de celles de la route 40 ? répondit-elle.
  • Oui, c’est bien cela.
  • Eh bien, elles sont là pour enregistrer et retransmettre en direct les courses de rue qui s’y déroulent.
  • Les courses de rue ?! s’exclama Martine, très intéressée.
  • Oui. Des courses sont organisées tous les soirs sur cette route et diffusées dans l’ensemble de la ville. D’ailleurs, monsieur le maire a même décrété que la route 40 était uniquement dédiée à cela.
  • Je vois. Donc si je comprends bien, c’est grâce à ces fameuses caméras que vous avez su que ma sœur et moi étions nouveaux en ville ? questionna-t-il à nouveau.
  • C’est cela, oui.

Tout prenait désormais sens pour le jeune homme. Ces appareils devaient sûrement être équipés d’une sorte de détecteur de mouvements qui activait la capture des images, ce qui expliquait pourquoi les gens les regardaient aussi bizarrement. Ils avaient sûrement dû penser que Martine et lui étaient des coureurs. Non, ils avaient sûrement dû se moquer d’eux à cause de leur voiture qui était tout sauf un bolide de course.

  • Dis-moi, y a-t-il un autre moyen de se rendre au sommet de la montagne sans emprunter la route 40 ? questionna le jeune homme.

Prestige n’avait aucune envie de repasser par ce chemin. Cela venait majoritairement du fait qu’il ne voulait pas que son image se retrouve dans les téléphones et autres appareils électroniques de tout le monde.

  • Bien évidemment. C’est un peu plus long, mais vous pouvez emprunter la route 70, répondit-elle.
  • Je vous remercie pour ces précieuses informations, lui dit-il.
  • Oh, de rien. Ce fut un véritable plaisir, répondit-elle.
  • Sinon, concernant les courses…, intervint brusquement Martine.
  • Nous n’avons pas le temps pour ça, rétorqua Prestige en lui coupant la parole.
  • Mais… !
  • Il n’y a pas de mais qui tienne, déclara-t-il de manière assez autoritaire.

Lorsque le regard de la jeune femme croisa celui de son grand frère, elle comprit immédiatement qu’il ne voulait pas qu’elle en discute ici. De son côté, ne voulant pas se mêler de ce qui ne la concernait pas, la caissière continua de scanner les articles du duo.

Quelques dizaines de secondes plus tard, la demoiselle leur donna le montant qu’ils devaient régler. Prestige sortit une fois de plus sa carte bancaire de son portefeuille et l’inséra dans l’emplacement prévu à cet effet. Un bip vint alors confirmer que la transaction bancaire avait bien été approuvée et qu’il pouvait désormais retirer sa carte. Il la remit donc à sa place et rangea le tout dans la poche de son pantalon. La jeune femme lui remit par la suite son reçu.

  • Merci beaucoup. Passez une excellente journée, rétorqua-t-il en attrapant le morceau de papier.
  • Merci, pareillement, déclara la caissière avant de passer à son client suivant.

Sur le trajet menant à leur véhicule, Prestige dit à sa petite sœur qu’il savait exactement à quoi elle pensait. Connaissant le caractère de Martine, il y avait de grandes chances qu’elle décide de participer aux fameuses courses organisées.

  • Donc, je suppose que tu sais également que tu ne pourras pas m’empêcher de le faire, n’est-ce pas ? rétorqua Crystal.
  • J’en ai bien peur. Toutefois, nous ne savons pas dans quoi tu veux mettre les pieds. Je n’ai jamais entendu parler d’évènements de ce genre être organisé en toute légalité. Il va falloir que je me renseigne un maximum sur le sujet, dit-il.

Pendant que Pascal réfléchissait sur les différents motifs qui pouvaient justifier la création d’une telle chose, sa petite sœur s’imaginait déjà au volant de sa voiture, fonçant à toute vitesse sur la route 40. Quelques minutes plus tard, le duo arriva finalement devant leur véhicule. Ils se mirent alors à charger tous leurs articles dans le coffre de ce dernier.

Prestige attrapa un des sacs en plastique et le mit dans sa voiture. Alors qu’il se retournait pour en prendre un autre, son attention fut attirée par un individu se tenant debout dans le parking. Ce dernier était de dos, mais il pouvait clairement distinguer certains de ses traits de caractère. C’était un jeune homme noir mesurant plus d’un mètre soixante-dix et portant un costume grippe. Elle le voyant, l’expression faciale de Pascal s’assombrit légèrement.

  • Tu regardes quoi comme ça ? questionna soudainement Martine en regardant dans la même direction que lui.
  • Rien du tout. Je ne regarde rien du tout, répondit-il.

Martine trouva sa manière d’agir quelque peu étrange. Elle savait qu’il avait clairement vu quelque chose. Elle était donc curieuse de savoir quelle chose avait pu bien le faire réagir de la sorte. Le jeune homme continua de ranger les affaires dans la voiture. Il jeta de nouveau un coup d’œil rapide dans la même direction que précédemment, mais ne vit plus l’individu.

Le dernier sac en plastique étant dans la voiture, le jeune homme referma le coffre tandis que sa sœur s’occupait des cadis. Il monta ensuite dans le véhicule et attendit Martine. Une fois que celle-ci fut à son tour à l’intérieur, il mit le cap vers leur domicile.

A suivre !!!

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