La promotion 49

Dans sa voiture le conduisant chez lui, Herman réfléchissait sur la justification qu’il allait donner à sa femme vis-à-vis de l’entretien qu’il avait eu avec Karl à l’hôpital. Il se trouvait donc dans une impasse, car il ne pouvait pas dire à Henrietta la véritable raison derrière ce geste. Cela serait beaucoup trop problématique. Il devait donc trouver un mensonge assez satisfaisant afin que son épouse cesse de penser à cette histoire.

  • Quel calvaire ! s’exclama-t-il soudainement, un peu frustré.
  • Monsieur, dit à son tour Gordon.

Le conducteur pensa que son patron venait de s’adresser à lui, mais l’homme d’affaires lui répondit que ce n’était pas le cas. Après plusieurs dizaines de minutes de réflexion qui s’avèrent très frustrantes, Herman Invictus parvint finalement à trouver une justification assez plausible. Il attrapa son téléphone portable et envoya un message texte à Karl, puis rangea l’appareil. Il ne lui restait plus qu’à voir si son épouse allait le croire ou pas.

Voyant qu’il lui restait encore une dizaine de minutes à passer dans la voiture, il en profita pour faire un brin de causette avec son chauffeur personnel.

  • Dis-moi, Gordon, as-tu déjà menti à ta partenaire ? demanda-t-il pour être sur.
  • Monsieur ?
  • J’aimerais savoir si cela t’est déjà arrivé de raconter un mensonge à ta femme.

Gordon était quelque peu surpris par la soudaine question de son patron. Néanmoins, il lui dit que cela lui arrivait de le faire de temps en temps.

  • Ne trouves-tu donc tu pas que plus tu passes du temps avec elle et plus il devient compliqué de lui mentir ?

Botle mit un peu de temps à répondre à Herman. À vrai dire, avant que ce dernier lui pose cette question, il n’avait pas vraiment fait attention à cela. Il le lui fit d’ailleurs comprendre en lui disant qu’il ne l’avait pas vraiment constaté.

  • C’est pourtant la triste vérité. Quand une personne est en couple depuis aussi longtemps que moi, cela devient très difficile de cacher des choses à son ou sa partenaire. Cela ne veut cependant pas dire que cela est impossible.
  • Monsieur envisage-t-il donc de mentir à madame ?
  • Pas exactement. Disons que je compte lui dire quelque chose qui soit très proche de la vérité, répondit-il en affichant un léger sourire narquois.

Comme à son habitude, Gordon Botle préféra ne pas trop se focaliser sur ce que son patron venait de lui dire. Son travail consistait à le conduire en voiture partout où il voulait et non à réfléchir et analyser tout ce qu’il échangeait avec lui.

  • Au fait, Gordon, demain matin à 6h50, tu iras prendre mademoiselle Barnes dans le parking souterrain et tu la conduiras au manoir. Tu viendras ensuite me chercher aux alentours de 9 heures.
  • Il sera fait comme vous le souhaitez, monsieur.

—–*—–

Henrietta se tenait devant la porte de la chambre de Marion et observait son enfant. Cette dernière semblait dormir paisiblement, ce qui soulageait énormément madame Invictus. C’était la troisième fois en moins de deux heures qu’elle venait se placer au moment endroit pour voir si tout allait bien avec sa fille. Malgré ce qu’on lui avait dit à l’hôpital, elle ne pouvait s’empêcher de réitérer ce geste encore et encore.

Quelques instants plus tard, Clémentine, la gouvernante de la maison, approcha madame Invictus afin de lui annoncer que son mari venait de rentrer. Henrietta ferma délicatement la porte de la chambre de Marion, remercia son employée, et partit retrouver Herman avec la ferme intention de savoir ce qui s’était dit à l’hôpital.

Le rire d’Herman pouvait se faire entendre depuis le haut de l’escalier. Celui-ci semblait avoir une conversation des plus drôles avec Gordon, les deux parlant de la façon dont l’homme d’affaires avait fait une certaine chose. Cela n’intéressait bien évidemment pas Henrietta dont la seule pensée était dirigée vers les informations que son mari lui cachait.

  • Je vois que tu es rentré, Herman. Il faut qu’on parle, dit-elle lorsqu’elle arriva aux côtés de son mari.

L’homme d’affaires cessa immédiatement de rire avec Gordon, lui dit de ne pas oublier la tâche qui lui avait été confiée, puis lui souhaita de passer une excellente soirée.

  • Une tâche ? Une tâche pour ? demanda la maitresse de maison après que l’employé de son époux soit parti.
  • Un de mes associés organise une rencontre demain matin. J’ai donc décidé de lui apporter un petit présent, histoire de renforcer les liens.
  • Je vois. Bref, allons discuter dans un endroit plus tranquille.

Herman et son épouse allèrent donc dans son bureau où cette dernière lui demanda s’il savait ce dont elle voulait parler avec lui.

  • Bien évidemment. Je t’ai promis que je te dirais ce dont j’ai parlé avec Karl à mon retour.
  • Donc, vas-y. Dis-moi tout, je t’écoute. De quoi Karl et toi avez parlé ? demanda-t-elle en prenant place dans l’un des sièges.

La scène fit quelque peu rire l’homme d’affaires. On aurait dit qu’il se tenait debout devant sa mère qui lui ordonnait de raconter ce qu’il avait fait comme bêtise. Herman s’assit donc dans la chaise qui se trouvait à côté de celle de sa femme et lui racontait tout. Il lui dit notamment que Karl et lui avaient effectivement parlé de Marion lorsqu’ils s’étaient soudainement isolés.

  • À vrai dire, je lui ai demandé de ne pas te tenir immédiatement au courant si l’état de santé de Marion avait été beaucoup plus grave que prévu.
  • Pourquoi tu as fait une chose pareille ?!
  • Parce que je te connais ! Si ça avait été le cas et qu’on t’avait informée, tu te serais sans doute mise dans tous tes états et aurait surement fait un malaise. Je ne pouvais pas permettre que cela se produise, pas en public.

Henrietta était visiblement très énervée, ce qui était compréhensible vu ce qu’elle venait d’apprendre. Elle demanda donc à cet homme assis devant elle si son image publique était plus importante que la santé de leur enfant.

  • Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, rétorqua Herman, légèrement agacé.
  • De quoi s’agit-il alors, Herman ?! De quoi s’agit-il ? rétorqua-t-elle en se levant brusquement de son siège.
  • Il s’agit de toi et de ton comportement de m… !

Malgré son arrêt subit, sa femme avait compris ce qu’il avait voulu dire.

  • Vas-y, dis-le. Continue ta phrase. Comme pour toi, Herman Invictus, dixième fortune mondiale, s’inquiéter de la santé de son propre sang en public est un comportement de merde.
  • Henrietta !
  • Quoi, Herman ?! Qu’est-ce que tu vas encore me dire ?! Qu’est-ce que…

Madame Invictus n’eut pas le temps de terminer sa phrase que son mari la prit soudainement dans ses bras. Cela la surprit énormément, mais pas autant que ce qu’il s’apprêtait à lui dire.

  • Je suis désolé.
  • Quoi ?!
  • Oui, je suis désolé de t’avoir mise dans tous tes états. Ce n’était pas mon intention. Je n’aurais jamais dû faire cette demande à Karl. Ce n’était pas correct de ma part. Je sais à quel point tu tiens à Marion. Il est vrai que parfois je peux agir de façon inexplicable, mais cela ne veut pas dire que je ne tiens pas à vous deux. Je tiens autant à toi qu’à Marion, qu’à Hunt, et qu’à Ethan.

Herman pensait calmer sa femme avec cela, mais ce fut tout le contraire. Cela l’énerva encore plus qu’il se serve de son amour pour ses enfants pour essayer d’apaiser la situation. Elle n’en avait pas fini avec lui ; notamment avec cette histoire d’image publique ; et le lui fit bien comprendre.

  • Je ne joue pas avec toi, Herman. Tu penses que c’est avec ces mots que tu vas me faire oublier ce que tu as dit à propos de mon comportement ?

L’homme d’affaires était vraiment agacé et quelque peu désespéré. Son plan s’était retourné contre lui et il devait désormais en assumer les conséquences. Cela allait définitivement être une très longue conversation.

—–*—–

Natacha venait de finir son service. Venant d’éteindre son ordinateur de bureau, la jeune secrétaire se leva de son siège et ouvrit la porte du bureau de son patron. Alors qu’elle observait la pièce vide, elle ne put s’empêcher d’être émotionnelle. C’était en ces lieux que sa vie avait complètement basculé, durant cette fin de soirée où monsieur Invictus lui avait demandé de lui faire une fellation. Elle se souvenait de la scène comme si cette dernière s’était déroulée la veille, l’horrible sensation qu’elle avait éprouvée en le faisant. Même si sa vie revenait à la normale après la journée de samedi, il s’agissait là d’une expérience qu’elle n’allait jamais oublier.

Alors qu’elle se remémorait tout ce qui s’était passé dans le bureau de monsieur Invictus, une pensée traversa l’esprit de Natacha. Elle se demandait notamment comment sa relation avec son patron serait à partir du lundi suivant. Il fallait dire que jusqu’à lundi dernier, ils entretenaient une relation strictement professionnelle, mais cela avait brusquement basculé avec les évènements du lundi soir. Elle était certaine que cela lui procurerait une drôle de sensation d’agir normalement après tout ça. C’était vraiment compliqué. Toutefois, ce n’était pas une priorité pour le moment. Elle devait d’abord se focaliser sur ce qu’elle allait devoir dire à Michael afin de justifier la longue absence que cette fameuse séance de dégustation allait susciter.

Mademoiselle Barnes ferma la porte du bureau de son patron, attrapa ses affaires, et prit la direction de son domicile.

Dans l’ascenseur la conduisant au parking sous-terrain, Natacha tomba nez à nez avec Fatima Zarah, une collègue de travail avec qui elle avait l’habitude de déjeuner.

  • Tiens, Natacha ! dit-elle au moment où les portes s’ouvrirent.
  • Fatima, c’est enfin le week-end.
  • Comme tu dis. Si tu savais à quel point j’ai attendu ce moment. J’avais l’impression qu’il n’arriverait jamais.
  • Tu vas enfin pouvoir te reposer.
  • Oui. Sinon, tu as des projets pour ce week-end ?
  • Je…

Au moment où mademoiselle Barnes était sur le point de lui répondre, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent à nouveau, permettant ainsi à d’autres personnes de rentrer à l’intérieur.

  • Comme j’étais sur le point de dire, je n’ai vraiment rien de prévu pour ce week-end hormis rester à la maison. La semaine a vraiment été très difficile et j’ai vraiment besoin de me reposer, poursuivit Natacha.
  • Tu as raison, le repos est très important. Je ne vais pas lésiner sur le mien en tout cas.

Les deux femmes continuèrent de discuter jusqu’à ce que Fatima lui souhaite finalement de passer un excellent week-end et sorte de l’ascenseur en compagnie d’autres employés de l’entreprise. Quelques minutes plus tard, mademoiselle Barnes démarrait son véhicule et mettait le cap chez elle.

Sur le chemin la conduisant chez elle, Natacha réfléchissait sur ce qu’elle allait dire à Michael. Lui raconter qu’il s’agirait d’un voyage d’affaires n’était vraiment pas envisageable. Tout d’abord, c’était beaucoup trop soudain, la jeune femme n’ayant à aucun moment mentionné cela durant les précédents jours, mais le comportement actuel de son fiancé laissait croire à mademoiselle Barnes que celui-ci serait capable de la suivre à l’aéroport. Elle devait donc trouver quelque chose de moins risqué.

Ce fut à ce moment qu’une idée lumineuse lui traversa l’esprit. Elle allait faire appel à quelqu’un pour la couvrir, de préférence une personne avec qui Michael n’avait pas trop l’habitude de communiquer. De ce fait, elle retira immédiatement Enola de la liste des gens qu’elle avait en tête. Plusieurs minutes plus tard, elle trouva le parfait individu pour l’aider.

Mademoiselle Barnes arriva chez elle quelques minutes avant 18 heures. Alors qu’elle franchissait la porte de son domicile, la jeune femme se rendit compte que celui-ci était vide. Elle se demanda immédiatement où son fiancé se trouvait et décida donc de l’appeler. Cependant, moins de dix secondes plus tard, son appel fut brusquement interrompu. Natacha composa le numéro de Michael une fois de plus et obtint le même résultat.

—–*—–

La bonne humeur régnait dans le bar dans lequel se trouvaient Orzak et Hopkins. C’était vendredi soir, donc la plupart des habitués de l’établissement étaient présents afin de boire quelques coups et de décompresser après une semaine de travail chargée. Michael et Stanley ne faisaient pas exception comme pouvaient en témoigner toutes les bouteilles de bière vides qui s’affichaient devant eux. Les deux hommes avaient vraiment besoin de libérer un peu de pression, surtout Mike qui avait vécu un véritable ascenseur émotionnel durant la semaine.

  • Patrick, deux autres bières s’il te plait, dit-il.
  • Tout de suite !
  • Je n’imagine pas l’état dans lequel tu seras quand tu vas rentrer, rétorqua Stan, légèrement amusé.
  • À savoir si je vais rentrer. Si c’est pour rester sur le même toit que cette Natacha, je préfère passer toute la nuit ici.
  • Désolé, mais la maison ne fait pas dans l’hébergement de clients, dit Patrick en déposant les deux bières.

C’était sans doute à cause de l’alcool, mais Michael trouva le commentaire du barman assez drôle. Au moment où le jeune homme saisit sa bouteille, son téléphone portable se mit à sonner. Voyant qu’il s’agissait de Natacha, il raccrocha immédiatement. Moins de trois secondes plus tard, il réitéra son geste lorsque cette dernière le rappela.

  • Tu ne vas pas décrocher ? Elle veut surement te dire quelque chose d’important, rétorqua Hopkins en voyant le téléphone de son meilleur ami sonner une troisième fois.
  • Je n’ai vraiment pas envie d’entendre sa voix en ce moment, répondit Mike en raccrochant une fois de plus.
  • Fais comme tu veux, mon pote. Pourvu seulement que tu sois en un seul morceau lundi matin. Mademoiselle Degrâce a encore besoin de son photographe personnel.
  • Très drôle.

À ce moment, ce fut au tour du téléphone de Stanley de sonner. Alors qu’il le récupérait dans sa poche, il se rendit compte avec surprise qu’il s’agissait de mademoiselle Barnes.

  • Elle a vraiment envie de parler avec toi, dit-il en montrant son écran à son ami.
  • Dis-lui que je ne suis pas là.

Hopkins décrocha et, avant qu’il puisse prononcer le moindre mot, Natacha lui demanda de passer le téléphone Michael et qu’elle savait qu’il avec lui.

  • Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Je suis tout seul.
  • Je n’ai pas le temps pour ça. Passe-lui le téléphone, dit-elle, énervée.
  • Je te répète qu’il n’est pas avec…

Natacha raccrocha brusquement sans laisser à Stanley le temps de finir sa phrase. Il se retourna ensuite vers son meilleur ami et lui dit que sa fiancée n’avait vraiment pas l’air commode.

  • Tu vois maintenant ce que je vis avec elle depuis un moment.
  • Dieu merci, je suis célibataire.

Les jeunes hommes attrapèrent leur bouteille de bière, firent comme si ces appels n’avaient jamais eu lieu, et poursuivirent leur soirée en compagnie de Patrick le barman et des autres clients.

A suivre !!!

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